Trésors japonais au musée Cernuschi

Sandrine Zilli, diplômée en histoire de l'art – école du Louvre
Le musée Cernuschi présente trois siècles d’art Rinpa, mouvement rassemblant peintres et artisans dont l'intention était de mettre de la beauté dans la vie quotidienne. Cette exposition se tient dans le cadre de la manifestation Japonisme 2018 – une série d’événements culturels commémorant cent soixante ans de relations diplomatiques entre la France et le pays du soleil levant. Le parcours, chronologique, suit les différentes générations du mouvement Rinpa, qui trouve son origine dans la Kyoto du XVIIe siècle, avant de se répandre dans tout l’archipel.
Compte tenu de la fragilité de certaines œuvres, la présentation sera évolutive. Durant les quatre premières semaines de l’exposition – qui s’est ouverte le 26 octobre – les visiteurs seront accueillis par un « Trésor national » du XVIIe siècle, conservé dans le temple Kennin-ji à Kyoto et visible seulement en de très rares occasions. L’œuvre sera ensuite remplacée par un « Bien culturel important ».


L’exposition en images :

À gauche, tenant des baguettes de tambour, le dieu du Tonnerre ; à droite, semblant sauter à la corde, celui du Vent. Chacun flotte sur son nuage, sur un superbe fond à la feuille d’or.
La composition décentrée, fréquente dans l’art japonais, séduira et influencera les artistes européens de la fin du XIXe siècle.

À l’instar de l’art du thé ou des fleurs, celui de l’encens a également produit des objets raffinés tel cet emballage. Les pliures indiquent que ce papier a dû à l’origine emballer plusieurs enveloppes, qui contenaient chacune de l’encens. Une fois le papier déplié, se déploie un saule à l’encre de Chine et pigments saturés d’eau sur un fond parsemé d’or.

Ce n’est pas une simple scène de genre. L’éléphant blanc est sacré, sa représentation est liée au bouddhisme.


L’héritage Rinpa au XXe siècle :


Maqui-e signifie « image semée ». Il s’agit de « semer » une image sur un laque, de la dessiner, grâce à de la poudre métallique. Cet objet est un bel exemple de collaboration entre un peintre de grand talent – Kamisaka Sekka – et un artisan non moins talentueux – Kamisaka Yukichi.

Petite histoire du musée Cernuschi, musée des arts de l’Asie de la ville de Paris :

Né à Milan en 1821, Enrico Cernuschi s’installe à Paris en 1850. Banquier, il fait fortune à la fin du Second Empire. Très marqué par la tragédie de la Commune, il entreprend un long voyage en Asie peu après, en compagnie de son ami le critique d’art Théodore Duret. Au cours de ce périple, il achète cinq mille œuvres chinoises et japonaises. À son retour, sa collection est un temps montrée au palais de l’Industrie, sur les Champs-Élysées. Elle connaît un immense succès, contribuant à la naissance du japonisme.
En 1873, il se fait construire un palais néo-florentin en lisière du parc Monceau, où il vivait au milieu de sa collection. À sa mort en 1896, il lègue le tout – palais et œuvres – à la ville de Paris ; le musée Cernuschi ouvre deux ans plus tard.

Infos pratiques :
Musée Cernuschi : 7, avenue Vélasquez, 75008 Paris ; fermé le lundi. L’exposition sera fermée du 10 au 14 décembre inclus afin de modifier la présentation des œuvres : consulter le site

À lire :
Trésors de Kyoto, catalogue d’exposition sous la direction de Manuella Moscatiello, Paris, éditions Paris Musées, 2018, 192 p., 35 €

 

Sandrine Zilli
Sandrine Zilli
Diplômée en histoire de l'art (école du Louvre).