Sièges Louis XVI

Le siège Louis XVI, toujours très élégant, présente une grande variété de pieds, de dossiers et de supports d’accotoir.
Cependant, tous les sièges Louis XVI présentent un point commun : le dé de raccordement. Apparu à l’époque Transition, ce dé souligne la jonction de l’assise et des pieds. Il est généralement sculpté d’une rosace.
Sur cet exemple, un dé de raccordement assez haut souligne le point de rencontre entre le pied et l’assise, tandis qu’un autre, carré lui, surmonte le support d’accotoir en torsade.

En cabriolet ou à la reine

Les sièges en cabriolet (à dossier arrondi, enveloppant le dos), plus confortables que les sièges à la reine, sont nettement préférés.
Les deux exemples suivants de fauteuils à la reine à dossier carré nous permettent d’évoquer les différents supports d’accotoir. Ces derniers peuvent être droits (formant un balustre ou une colonnette) ou dessiner une ligne incurvée.
Depuis l’époque Louis XV, les accotoirs sont souvent agrémentés de manchettes – une garniture rembourrée.

 

Le dossier est droit ou violoné, en chapeau ou en médaillon (ovale).
Le dossier droit peut être carré ou, plus rarement, rectangulaire.
Les dossiers droits peuvent aussi être évasés vers le haut.
Les montants du dossier peuvent être droits, mais pas la traverse supérieure.
Le dossier est dit « en chapeau » lorsque les angles de la traverse supérieure sont échancrés.
Ce fauteuil, incontestablement de style Louis XVI, a été fabriqué aux États-Unis ; il est attribué à l’ébéniste américain Adam Hains (1768-après1820). Parmi les émigrés français débarquant à Philadelphie ou New York dans les années 1790, fuyant la Révolution, certains étaient artisans. Ils ont repris leur activité professionnelle, introduisant les styles français, notamment le dernier qu’ils avaient connu, le style Louis XVI.

 

Le dossier est dit « en anse de panier » quand sa traverse supérieure est cintrée.
Plus rarement, le dossier est violoné.
Les dossiers ovales connaissent un très grand succès sous le règne de Louis XVI.
C’est ce genre de fauteuil à la reine à dossier en médaillon et à supports d'accotoir incurvés que l’on voit dans le grand salon de réception représenté sur la gravure suivante. Les fauteuils à la reine sont censés être adossés tout au long des murs, mais ils sont dispersés dans la pièce lorsque cela s’avère nécessaire, par exemple lorsque le maître ou la maîtresse de maison reçoit. Comme nous l’avons déjà évoqué dans la partie consacrée à l’époque Louis XV, tenir salon est au cœur de la sociabilité du 18e siècle.

 

Le décor de ce salon, inspiré de l’Antiquité, est caractéristique du néo-classicisme raffiné de l’époque Louis XVI. Les murs sont ornés de pilastres cannelés surmontés de chapiteaux corinthiens et d’une frise de poste, eux-mêmes dominés par des putti (peints et sculptés) tenant des guirlandes de feuillage. Remarquons également les vases à l’antique posés sur un piédestal.
Les personnages sont rassemblés en plusieurs groupes, certains autour d’une table de jeu – remarquons la jeune femme et l’ecclésiastique absorbés par leur partie –, tandis qu’un homme debout, un bras appuyé sur le marbre de la cheminée, bavarde avec une dame assise tout près de lui.
Entre deux fenêtres prend place une console. D’un côté de cette console, une jeune femme est en train de lire à la lumière naturelle. De son fauteuil, on n’aperçoit que le dossier en médaillon. À l’opposé de la console, on distingue une bergère – fauteuil à côtés pleins – que personne n’occupe. Cette bergère est semblable à celle de l’image suivante.

Les sièges à dossier ajouré

L’art et l’artisanat français rayonnaient alors sur toute l’Europe, tout en intégrant des influences venues d’ailleurs. Cette chaise au dossier très original, fournie par Georges Jacob au duc de Penthièvre, reflète l’influence de l’Angleterre. Déjà très appréciés au 17e siècle par les Britanniques (en témoigne la Windsor Chair), les dossiers ajourés sont repris au 18e par l’ébéniste et décorateur Thomas Chippendale (1718-1779), dont les modèles se diffusent grâce à la gravure.
Les sièges à dossier ajouré de l’époque Louis XVI sont très souvent en acajou laissé au naturel, mais il arrive que le bois soit peint. C’est dans ce cas un bois moins précieux tel le hêtre.
Instrument de musique de l’Antiquité, la lyre est très présente sur le mobilier et dans les décors néo-classiques.
Sur ce modèle, le dossier mêle deux motifs venus de l’Antiquité : la lyre encadre un trépied. Dans les années 1760, les décorateurs ont réinterprété le brûle-parfum antique, qui est alors dénommé « athénienne ». Lien vers « athénienne » dans la partie Transition.
Le mobilier du salon de la laiterie de Marie-Antoinette à Rambouillet
Il s’agit d’un ensemble composé de quatre fauteuils, dix chaises, six tabourets en acajou massif, auquel s’ajoutent quatre petites tables guéridons et une grande table ronde. Ce mobilier a été fabriqué par le menuisier Georges Jacob sur des dessins du peintre Hubert Robert. À la même époque, ce dernier travaillait aussi au hameau de Marie-Antoinette au Petit Trianon (Versailles).
Les sièges de la laiterie de Rambouillet mêlent influence anglaise (dossiers ajourés) et motifs antiquisants alors à la mode : branche de myrte courant sur l’assise et le dossier, palmettes. Rappelons par ailleurs que le peintre Hubert Robert a séjourné à l’Académie de France à Rome de 1754 à 1765.
Cependant, les pieds en colonnes torses des chaises rattachent ces sièges au style Louis XVI.
Le dossier en crosse et les pieds arrière en sabre (c'est-à-dire courbes) des chaises, de même que le piètement en X des fauteuils et des tabourets seront largement repris dans les années suivantes par les fils de Georges Jacob : Georges II Jacob (1768-1803) et François-Honoré-Georges Jacob dit Jacob-Desmalter (1770-1841).
Imaginons la laiterie telle que l’a découverte Marie-Antoinette en 1787. Le domaine de Rambouillet, acquis quelques années plus tôt par Louis XVI, ne plaisait guère à la reine. Pour le lui rendre plus attrayant, le roi ordonne la construction d’une laiterie.
Les laiteries étaient alors très en vogue, les élites aspirant à un mode de vie proche de la nature, dans l’esprit rousseauiste. À Rambouillet, comme au hameau de Marie-Antoinette à Trianon, il y a deux laiteries : une de préparation (située dans un bâtiment latéral) et une autre de dégustation. La reine et son entourage se rendaient évidemment dans celle de dégustation, dont la façade évoque celle d’un temple antique.
La porte du « temple » s’ouvre, laissant apparaître une pièce circulaire et coiffée d’une coupole à caissons au sommet de laquelle une ouverture permet un éclairage zénithal. De la vaisselle en porcelaine de Sèvres était posée sur une tablette en console courant tout au long des murs de ce salon de dégustation. Cette vaisselle témoigne elle aussi de l’engouement d’alors pour l’Antiquité.
De la vaisselle en porcelaine de Sèvres était posée sur une tablette en console courant tout au long des murs de ce salon de dégustation. Cette vaisselle témoigne elle aussi de l’engouement d’alors pour l’Antiquité.
Ce bol sein s’inspire du mastos antique, une coupe grecque, étrusque ou romaine à usage probablement rituel.
De ce salon circulaire, où devaient se trouver les sièges d’acajou mentionnés précédemment, une porte ouvrait sur une salle de fraîcheur.
Du salon circulaire, une porte donne accès à une étonnante salle de fraîcheur. Au milieu de rochers artificiels qui pouvaient être agrémentés de jeux d’eau, une jeune bergère garde une chèvre, référence à la chèvre mythologique Amalthée qui avait nourrir Jupiter bébé.

Les pieds des sièges Louis XVI sont cannelés ou en spirale.

Les cannelures sont des rainures rectilignes. Elles sont parfois rudentées, c’est-à-dire remplies dans leur partie inférieure.
Notons que les pieds sont de plus en plus fréquemment dans le prolongement des supports d’accotoir. À l’époque Louis XV, ils étaient nettement en retrait. Cette évolution suivrait celle du vêtement féminin. Les encombrantes robes à paniers de l’époque Louis XV laissent place à des robes plus souples nécessitant moins d’espace.  
Les pieds peuvent aussi être très superbement sculptés.

Différence entre les pieds antérieurs et les pieds postérieurs

Les pieds arrière sont parfois légèrement inclinés pour plus de stabilité. Dans les années 1780, ils adopteront une forme courbe dite « en sabre » ou « à l’étrusque ». Pieds antérieurs et pieds postérieurs seront alors différents.

Bergère, marquise, duchesse, canapé, lit de repos…

Comme à l’époque Louis XV, les sièges sont d’une grande diversité : chaise, fauteuil, bergère, marquise, duchesse, siège de cabinet ou autre voyeuse.
La bergère est un fauteuil aux côtés pleins, garni d’un épais coussin.
La marquise, également garnie d’un épais coussin, est plus large que la bergère, mais moins que le canapé.
Le canapé peut accueillir deux ou trois personnes. Ses côtés peuvent être pleins.
Le canapé est parfois enrichi de confidents (sièges latéraux), probablement plus décoratifs que confortables.
Le lit de repos, qui sert à se reposer en journée, est placé dans un salon. S’il ressemble beaucoup à un canapé, sa profondeur ne permet pas de s’assoir. Le dossier et les deux chevets sont de la même hauteur.
La duchesse est une bergère longue, sur laquelle on allonge ses jambes. Elle peut être d’un seul tenant (elle est alors dite « en bateau) ou être brisée en deux ou trois.

Des sièges à usages bien particulier 

Le fauteuil peut être « de cabinet », à savoir de bureau. Son dossier en arrondi soutient le dos, permettant à l’utilisateur de rester plusieurs heures à sa table de travail.
C’est sur un fauteuil de cabinet canné qu’Adélaïde Labille-Guiard a représenté son ami, professeur et bientôt époux, M. Vincent.
La voyeuse (ou ponteuse) est une chaise agrémentée d’un accoudoir au sommet de son dossier. Il existe deux variantes de ce siège : la voyeuse à assise basse sur laquelle on s’agenouille (qu’il est difficile de distinguer d’un prie-Dieu) et la voyeuse à assise haute sur laquelle un homme peut s’assoir à califourchon.