Dorure

Formes imposantes et surenchère dorée 


Madame, assise sur un fauteuil au dossier imposant, désigne au spectateur le portrait de son défunt mari. Divers symboles évoquent son deuil. Les fleurs dans le vase de porcelaine – œillets des fiançailles et fleurs d’oranger du mariage – sont fanées. Un petit singe, grimpé sur un tabouret, dérobe une pêche : c’est le cœur de l’époux ravi à sa femme. Portrait de famille mais aussi d’une classe sociale : la haute noblesse. Le décorum (de decere, « convenir ») – à savoir l’ensemble des règles qu’il convient d’observer pour tenir son rang dans une société – est adéquat : la riche draperie dévoilant la scène et l’ouverture sur un parc plantent un cadre de vie aristocratique. Le bas-relief représentant Louis XIV de profil rappelle le dévouement au souverain du marquis de Noailles, mort de la variole au cours d’une campagne militaire en Flandre.

Les formes opulentes et la dorure prononcée des meubles obéissent aux impératifs de l’époque Louis XIV :
Sous Louis XIV, apparaît la console, table d’apparat placée contre un mur. Elle est imposante, richement sculptée et dorée ; remarquez notamment le motif formant un « tablier » sur la façade. Une lourde entretoise relie les quatre pieds. Comme en témoigne le tableau de Largillière, on pose sur son plateau de marbre des vases de pierres dures, faïences, porcelaines chinoises ou statuettes de bronze. Le propriétaire affiche ainsi son goût et sa richesse.

Ce tabouret est semblable à celui sur lequel est monté le petit singe du tableau de Largillière. Les quatre pieds sculptés en balustre sont, eux aussi, reliés par une solide entretoise.

Les coussins (ou carreaux) sont très présents et participent à la richesse de l’aménagement.

Quant aux fauteuils…

Large et incliné, le dossier des fauteuils prend de l’ampleur. Les pieds sont sculptés en balustre (montant droit tel celui d’une balustrade) ou plus tard – vers 1690 – en console (en S). Dans les deux cas, ils sont reliés par une entretoise. Les accotoirs, courbes, se terminent en crosse sculptée d’une feuille d’acanthe.

Apparition des lignes courbes


Remarquez les pieds en console (courbes) du fauteuil du souverain. Plusieurs années avant la mort du roi Soleil, ce que l’on appellera plus tard le style Régence est déjà en place.

Une précision de vocabulaire : accotoirs, accoudoirs et bras désignent la même chose. Les « accotoirs » – terme fréquemment utilisé par les professionnels du mobilier – servent à « s’accoter » c’est-à-dire à « s’appuyer sur les côtés ». Dans le langage commun, on parle plutôt d’« accoudoirs » qui permettent de « s’accouder » – de s’appuyer sur les coudes.

Quid du bois tourné caractéristique du style Louis XIII ?

Le bois tourné laissé au naturel n’a pas disparu, mais n’est plus du dernier cri. Il est relégué aux appartements privés ou de la bourgeoisie. Pour les lieux d’apparat, on privilégie le bois sculpté et doré.
Madame se réchauffe près du feu, un écran à la main pour protéger son visage de l’intensité de la chaleur ; il n’est pas question d’altérer son teint. Le fauteuil est lourd, le dossier incliné est haut ; la garniture de tissu cloutée. Le piètement est de bois tourné : on distingue nettement les pieds en boules aplaties, les dés d’assemblage permettant de relier un montant et une traverse en bois tourné. La gravure est de 1685, mais ce fauteuil se rattache plutôt au style Louis XIII.
Associant la sculpture aux dés d’assemblage caractéristiques de la technique du bois tourné, cette chaise illustre la transition progressive du style Louis XIII vers le style Louis XIV. De même, la dorure est caractéristique de l’esthétique Louis XIV ; à l'époque Louis XIII, le bois était quasiment toujours laissé au naturel.