18e siècle

Âge d'or du mobilier français

Les meubles sont devenus le plus grand objet de luxe et de dépense. Tous les six ans, on change son ameublement pour se procurer tout de ce que l’élégance du jour a inspiré de plus beau.
Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, 1781

Une société en mutation

Tout au long du 18e siècle, le pouvoir royal s’affaiblit en France : les parlements et les grandes familles aristocratiques, « domestiqués » par Louis XIV, relèvent la tête. La grande bourgeoisie, pivot de cette économie moderne, s’affirme comme une nouvelle force sociale.
Les frères Pierre et Antoine Crozat sont le parfait exemple de ces financiers richissimes qui entendent imposer leur marque à la société tout en copiant les usages de la haute aristocratie. Dans le salon de Pierre Crozat se côtoient artistes et amateurs d’art – Antoine Watteau, Rosalba Carriera, le comte de Caylus…
Rappelons que, jusqu’en 1789, la société française est divisée en trois ordres : le clergé, la noblesse et le tiers état – l’immense majorité de la population. C’est la Révolution française qui mettra fin à cette organisation sociale.
Le destin de la marquise de Pompadour, quoiqu’exceptionnel, illustre la montée en puissance de la bourgeoisie. Née Jeanne-Antoinette Poisson, elle n’est pas noble. Sa famille est étroitement liée au monde de l’argent, plus précisément aux frères Pâris (richissimes financiers, principaux créanciers de l’État) et au fermier général Le Normant de Tournehem. Une telle condition lui interdit de vivre à la Cour. Quiconque, à la condition d’être correctement mis, peut certes entrer dans le château de Versailles, mais pour vivre à la Cour, il faut y avoir été solennellement présenté. Or, seuls les aristocrates peuvent l’être. La voulant quotidiennement à ses côtés, Louis XV la titre donc marquise de Pompadour. L’entourage du roi n’aura de cesse de lui reprocher son patronyme sentant fort la roture. Malgré toutes les cabales pour tenter de l’en chasser, elle parviendra à se maintenir à la Cour pendant près de vingt ans – jusqu’à sa mort en 1764.

Le siècle des Lumières

Les contemporains cultivés se passionnent pour les idées nouvelles et le progrès scientifique. Toutes les connaissances sont remises en question, passées au filtre de la raison et largement diffusées.
De 1751 à 1772, l’ensemble des connaissances est rassemblé dans L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Dirigée par Denis Diderot et Jean Le Rond d’Alembert, cette vaste entreprise est souvent en butte à la censure. Pour les philosophes des Lumières, l’émancipation de l’Homme et la tolérance seront le fruit de la connaissance.

La lecture des journaux et de romans se répand dans la société :
Le goût de l’expérimentation :

Les scientifiques procèdent à des expérimentations publiques.

Véritables réjouissances populaires, les premières expériences de la machine aérostatique des frères Montgolfier se déroulent en 1783. Un vol a lieu à Versailles en présence de Louis XVI et Marie-Antoinette.

La montgolfière devient un motif des arts décoratifs :

Salons et cafés : de nouveaux lieux de sociabilité

C’est au milieu du 18e siècle que l’influence des salons parisiens est la plus forte. Tenus par des femmes – Mme du Tencin, Mme Geoffrin, Mme du Deffand, Mme de Lespinasse –, ils permettent la rencontre d’aristocrates éclairés, de philosophes, d’écrivains, de scientifiques et d’artistes. On y échange des idées au cours de causeries, on y écoute de la musique ou des lectures.


Les penseurs se rencontrent également dans des cafés. Le café, venu d’Orient, commence à être apprécié en Europe dans tous les milieux. On le prend chez soi ou dans des établissements qui, rapidement, deviennent des lieux de sociabilisation et d’échange d’idées et auxquels on donne le nom de cette boisson.

Le café est très en usage à Paris : il y a un grand nombre de maisons publiques où on le distribue. Dans quelques-unes de ces maisons, on dit des nouvelles ; dans d’autres, on joue aux échecs. Il y en a une (probablement Le Procope) où l’on apprête le café de telle manière qu’il donne de l’esprit à ceux qui en prennent : au moins, de tous ceux qui en sortent, il n’y a personne qui ne croie qu’il en a quatre fois plus que lorsqu’il y est entré.
Montesquieu, Les Lettres persanes, 1721

La société accorde plus d'importance aux femmes et aux enfants

Le siècle des Lumières voit certaines femmes – de la très haute société – jouer un rôle social. Cependant, si elles participent à la diffusion des idées nouvelles en tenant salon ou en secondant leur époux, rares sont les scientifiques ou philosophes femmes. La marquise du Châtelet est une exception.
À une époque où l’instruction des filles, même de la haute aristocratie, se cantonne à la religion et aux rudiments de français et de calcul, Gabrielle Émilie de Breteuil (1706-1749) reçoit la même éducation que ses deux frères, étudiant le latin, le grec et plusieurs langues vivantes. C’est pour les sciences qu’elle se passionne ; Quentin de La Tour l’a représentée tenant un compas. Sa maîtrise de l’anglais lui permet d’accéder aux travaux d’Isaac Newton (1643-1727), puis de les traduire en français. Toute jeune, elle avait épousé le marquis du Châtelet, avec qui elle ne partageait rien d’autre que sa condition sociale. À vingt-huit ans, elle se lie d’amitié et d’amour à Voltaire, un homme à la hauteur de ses ambitions intellectuelles.

Les artistes femmes sont plus visibles qu’auparavant :
Mmes Labille-Guiard et Vigée-Lebrun ont chacune, à partir du règne de Louis XVI, mené une brillante carrière de portraitiste. Les premières années révolutionnaires auront leurs égéries – Mme Roland, Mme Tallien. Cependant, la Révolution n’accordera aucun droit aux femmes. Au contraire, elle notifiera le retour des femmes dans leur intérieur, comme l’écrit Mme Vigée-Lebrun dans ses Mémoires.

Autre signe de l’évolution des mentalités, on manifeste un grand intérêt à l’enfant et, par conséquent, à son éducation. En témoignent les nombreux traités de pédagogie écrits au cours du siècle ; L’Émile de Jean-Jacques Rousseau, paru en 1762, restant le plus célèbre.

Des sociétés encore archaïques

Progrès et découvertes scientifiques se multiplient dans la seconde moitié du siècle ; les sociétés européennes n’en restent pas moins, dans leur ensemble, archaïques et intolérantes.
Au matin du 1er novembre 1755, une secousse terrible, suivie d’un raz-de-marée, emporte la partie basse de Lisbonne. Le reste de la ville est ravagé par un incendie qui dure six jours. La ville est détruite aux trois-quarts ; environ quinze mille Lisboètes trouvent la mort.

Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n’avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel autodafé ; il était décidé par l’université de Coïmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu en grande cérémonie est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler. Parmi les condamnés : le Docteur Pangloss et son disciple Candide, l’un pour avoir parlé, et l’autre pour l’avoir écouté d’un air d’approbation […].

Voltaire, Candide, 1759
Le marquis de Pombal, chargé de la reconstruction de Lisbonne, opte pour un plan en damier, illustration de la rationalité des Lumières.

Certains monarques, qualifiés de « despotes éclairés », sont séduits – au moins en théorie – par les Lumières : Catherine II de Russie achète la bibliothèque de Diderot, Frédéric II invite Voltaire à Berlin. Mais la mise en application des principes des Lumières reste difficile.
Le roi Christian VII du Danemark atteint de démence, son médecin, Johann Friedrich Struensee (1737-1772), devient régent. Il multiplie les réformes inspirées des Lumières. La réaction de l’aristocratie est sans pitié. Arrêté, accusé d’avoir séduit la reine, il est condamné à mort.

– Juste une autre question, docteur Struensee, au sujet de ces… idées continentales. […] Quel est l’objectif final de ces… hommes des Lumières ? Je me suis posé… la question.
Il prépara soigneusement sa réponse.
– Faire de la terre un ciel, dit-il ensuite avec un petit sourire.
– Et qu’advient-il alors du… véritable ciel ? Je veux dire par là le ciel de Dieu.
Avec un sourire tout aussi doux, il répondit :
– Il deviendra alors… selon eux… moins nécessaire.
Sur le même ton de calme, la reine douairière répliqua :
– Je comprends. C’est d’ailleurs pour cette raison que ces blasphémateurs doivent être anéantis.
Per Olov Enquist, Le médecin personnel du roi, 2000

Débats et polémiques agitent les élites européennes à propos de la place de la religion dans la société.

Ardent défenseur de la liberté de pensée et de la tolérance, Voltaire défend la mémoire de Jean Calas ou du chevalier de la Barre. Ce dernier, accusé d’avoir blasphémé au passage d’une procession, avait été torturé et décapité en place publique.
Jean Calas – commerçant toulousain de confession protestante – est, quant à lui, accusé du meurtre de son propre fils qui, disait-on, voulait se convertir au catholicisme. Le malheureux père est condamné à mort et exécuté. Pour appuyer son combat en faveur de sa réhabilitation, Voltaire compose son Traité sur la tolérance.
La lutte contre la toute-puissance de l’Église s’accompagne de tentatives de réforme de la monarchie de droit divin. Aristocratie et bourgeoisie – tout au moins une partie de chacune de ces catégories – aspirent au changement.

Des horizons nouveaux

L’Europe a conquis une grande partie du monde, et de nouveaux produits – café, chocolat, pomme de terre – modifient peu à peu les habitudes alimentaires des Européens.

Les ébénistes, qui ont de plus en plus de bois exotiques à leur disposition, perfectionnent l’art de la marqueterie.


Le goût de l’ailleurs

Porcelaines et panneaux de laque importés d’Extrême-Orient suscitent un grand engouement.


Les meilleurs artisans tentent de percer les secrets de la porcelaine et de la laque et s’inspirent des motifs chinois observés sur les porcelaines ou les laques importés.
Le mot « laque » s’utilise au féminin lorqu’il désigne la matière et au masculin lorsqu’il désigne un objet fait de cette matière.
Notons que les influences culturelles n’ont pas été à sens unique.
Les échanges entre Europe et Extrême-Orient n’ont pas été que commerciaux ; le christianisme s’est répandu en Chine comme en témoigne cette statuette : l’épisode biblique est sinisé.


L’esclavage : face sombre de l’Europe triomphante

Du 16e au 19e siècle, environ douze millions d’Africains ont été déportés – dont près de la moitié au siècle des Lumières. Quelques portraits évoquent de manière fort élégante cet asservissement ; d’autres images témoignent des horreurs vécues.
Le combat pour l’abolition de l’esclavage s’étend sur plusieurs décennies. Dans les territoires français, il est définitivement aboli en 1848 ; il l’avait été une première fois par la Convention – en 1794 – mais rétabli dès 1802 par Bonaparte.


Les beaux intérieurs du 18e siècle

D’après le chroniqueur parisien Louis Sébastien Mercier, La magnificence de la nation est toute dans l’intérieur des maisons. C’est dans une France privilégiée que naît un cadre de vie nouveau, associant esthétique, confort et convivialité. Bien plus tard, Talleyrand évoquera la douceur de vivre de la France d’avant la Révolution.

Paris, capitale de l’Europe

On dit qu’il fallait respirer l’air de Paris pour perfectionner un talent quelconque, estime Louis Sébastien Mercier.

Bientôt, Paris s’impose comme la capitale culturelle de l’Europe, donnant le ton de Saint-Saint-Pétersbourg à Lisbonne, de Stockholm à Venise. L’économie y est florissante, on y trouve une clientèle – aristocratique et bourgeoise – riche, exigeante, avide de nouveautés. Le marché de l’art et de l’artisanat de luxe s’y développe considérablement, structuré autour des marchands merciers. Ils font travailler les meilleurs artisans, venus de toute l’Europe.

Souvent, c’est un même architecte-décorateur qui conçoit l’immeuble et le meuble, c’est-à-dire la taille et la forme de la pièce, le dessin des boiseries et le mobilier. Cette conception d’ensemble confère une grande harmonie aux pièces.

Chronologie des styles du 18e siècle

    Au 17e siècle, deux styles s’étaient développés – Louis XIII et Louis XIV. Cinq s’épanouissent au cours du 18e :
  • Régence : 1700-1730
  • Louis XV (ou rocaille) : 1730-1750
  • Transition : 1750-1770
  • Louis XVI : 1770-1790
  • Directoire : la dernière décennie du siècle – époque révolutionnaire.
    • Les styles les plus aboutis sont les styles Louis XV et Louis XVI ; la Régence, la Transition et le Directoire sont plutôt des styles intermédiaires entre deux périodes d’apogée.