La commode de style Transition
Comme les autres meubles, les commodes Transition mêlent des traits Louis XV (courbes) à des éléments nouveaux annonçant le style Louis XVI.

Commode Transition attribuée à l’atelier de Gilles Joubert, bâti de chêne, marqueterie de tulipier, de bois de violette et autres bois, bronzes dorés, marbre rouge ; 1774 ; Londres, Victoria and Albert Museum, legs de Mme Lyne Stephens
Cette commode a été livrée pour la chambre de Mme Adelaïde (fille de Louis XV) au château de Marly en 1774 par Jean-Henri Riesener. Ce dernier venait de succéder à Gilles Joubert comme fournisseur officiel de la Couronne.

Détail de la commode précédente ©Victoria and Albert Museum
Si le galbe du coffre et des pieds ou le marbre chantourné sont un héritage du style rocaille, les motifs géométriques de la marqueterie, eux, sont caractéristiques du style Transition, de même que la division en trois parties de la façade, le motif en tablier dans la partie basse ou encore l’absence de traverse entre les deux tiroirs.
La partie centrale de la façade forme un ressaut prononcé, tout comme le plateau de marbre.

Roger Vandercruze-Lacroix (dit RVLC). "Grande commode en chêne à deux tiroirs et poignées verticales, marqueterie à décor de fleurs, dessus de marbre blanc, bronzes dorés (vue d'ensemble de face dans la salle sans fond). Bois, marbre et bronze, 1770. Paris, musée Cognacq-Jay
Cette commode comprend trois tiroirs : deux de dimensions habituelles et un troisième beaucoup moins haut (sous le plateau de marbre). Concernant ce tiroir orné de bronzes dorés, on ne peut pas distinguer s’il s’agit d’un seul grand tiroir – peu haut mais long – ou de trois petits.
La façade d’une commode Transition obéit à une double division : la division horizontale traditionnelle – deux ou trois tiroirs superposés – et une division verticale plus originale : ici, trois « cadres » délimitant des marqueteries florales.

Commode française, marqueterie de divers bois, marbre blanc, vers 1780 ; New York, The Metropolitan Museum of Art, legs de Collis P. Huntington, 1900
Notons le goût de l’époque Transition pour les marqueteries de motifs géométriques – des cubes en l’occurrence.

Commode attribuée à Pierre-Antoine Foullet, marqueterie de divers bois, vers 1760-1770 ; New York, The Metropolitan Museum of Art, collection Jules Bache
Cette commode, d'une grande élégance, est plus petite que le modèle le plus courant.
La commode suivante, livrée pour la chambre du prince de Condé à l’hôtel de Lassay, sa résidence parisienne, est emblématique du goût « à la grecque » – c’est-à-dire très inspiré par l’Antiquité – qui se développe au milieu du 18e siècle.

Commode estampillée Jean-François Leleu, bâti de chêne, placage d’amarante, de sycomore, de bois de rose, marqueterie de bois polychromes, bronzes dorés, dessus de marbre griotte ; vers 1770 ; Paris, musée du Louvre ©GP-RMN/Thierry Ollivier

Commode estampillée Jean-François Leleu, bâti de chêne, placage d’amarante, de sycomore, de bois de rose, marqueterie de bois polychromes, bronzes dorés, dessus de marbre griotte ; vers 1770 ; Paris, musée du Louvre ©GP-RMN/Thierry Ollivier
Sur la première photo, le tiroir supérieur est entrouvert ; sur la seconde, ce sont les deux grands tiroirs qui le sont.

Commode estampillée Leleu, détail d’un pied ©GP-RMN/Thierry Ollivier
L’époque Transition voit aussi la création de la commode à vantaux.

Commode à vantaux estampillée Martin, bois, bronzes dorés, porcelaine tendre de Sèvres, vers 1775 ; Paris, musée du Louvre