Meubles à secrets, secrets de meubles

Sandrine Zilli, diplômée en histoire de l'art – école du Louvre
Plus que quelques jours – jusqu’au 10 mars – pour visiter l’exposition que La Malmaison consacre aux meubles à secrets. Tout enfant visitant un château imagine des passages secrets derrière les murs… On pense plus rarement aux cachettes à l’intérieur des meubles. Or, certains meubles en recèlent une trentaine !

Un secrétaire de Biennais à l’origine de l’exposition

Ce meuble – réalisé au début du XIXe siècle par Martin Guilaume Biennais pour son usage personnel – est resté jusqu’en 2013 chez les descendants de l’ébéniste. Entré dans les collections de la Malmaison en 2013 en paiement de droits de succession ; il vient d’être restauré par l’école Boulle. Au cours de sa restauration, ses secrets ont été mis au jour : il en compte treize.
Par définition, le secrétaire est le meuble des secrets. On y range papiers de valeur, argent, bijoux qu’on veut soustraire à d’éventuels voleurs mais aussi – l’un n’empêche pas l’autre – aux regards indiscrets de la famille et des domestiques. Ce meuble très sophistiqué ne devait pas être d’un usage aisé, même en suivant le mode d'emploi : En ouvrant l’abattant du secrétaire on trouve un gradin composé de 8 tiroirs, il faut ôter les deux tiroirs du bas, et tirer la tablette qui sépare les deux tiroirs et de fourrer la main au fond pour faire bascule et l’ôter, vous trouverez deux caisses à argent que vous tirerez dehors […] ou encore […] : le plafond de l’ouverture de ce tiroir se retire en ouvrant avec une épingle un loqueteau, le trou pour fourrer l’épingle se trouve à l’angle de gauche de l’entrée de cuivre pour les pennes du tiroir.

On comprend que certains secrets, jamais partagés, aient été oubliés avec le temps et sont parfois redécouverts par les restaurateurs.

Secrets d’hier, secrets d’aujourd’hui

Au fil de la visite du château, le visiteur découvre une quarantaine de meubles à secrets et à transformation que, pour une fois, il peut voir ouverts.
Le boudoir de Joséphine qui vient d’être restauré présente deux serre-papiers.
Dans la partie supérieure, deux fentes permettaient à l’impératrice de glisser des documents. Elle seule possédait la clé permettant d’ouvrir ce petit meuble et de récupérer ce qui y avait été rangé.

L'exposition présente deux meubles contemporains, le goût et la nécessité du secret n’ont en effet pas disparu.
Présenté dans la salle à manger de Joséphine, ce meuble de rangement se transforme en bar – ou vice versa. Dans le piètement d’acier sont dissimulés des câbles permettant de séparer les deux coques qui composent le meuble.
Il s’agit du travail de fin d’études d’un tout jeune ébéniste – Arthur Catelain – diplômé de l’institut de formation professionnelle de Bains en Haute-Loire.
Le plateau se compose de trois lattes de chêne brûlé qui ne se prêtent évidemment pas à l’écriture. Mais en passant la main sur un capteur, trois petits moteurs se déclenchent : les lattes se retournent et le chêne rugueux laisse place à du sycomore très lisse. Une extrémité du plateau abrite des casiers contenant le nécessaire d’écriture.


Infos pratiques :

Musée national du château de la Malmaison : avenue du château de la Malmaison, 92500 Rueil-Malmaison :
site du château

On peut également voir des meubles de Biennais en visitant la maison Caillebotte à Yerres ; consulter un précédent article de ce site : Une villégiature sur les bords de l'Yerres

 

Sandrine Zilli
Sandrine Zilli
Diplômée en histoire de l'art (école du Louvre).