Les armes savantes
350 ans d'innovations militaires à Versailles

Sandrine Zilli, diplômée en histoire de l'art – école du Louvre
Jusqu’au 9 décembre 2018, l’espace Richaud accueille les « armes savantes ». Cette exposition met en lumière les liens forts unissant Versailles à l’institution militaire et explique dans ses grandes lignes le processus d’innovation militaire en France, de l’Ancien Régime jusqu’à nos jours.

Versailles, ville d’innovations militaires :

C’est au XIXe siècle – une première fois en 1834, une seconde en 1865 – que l’État a acheté des terrains à Satory afin d’y établir un champ de manœuvres tout près de Paris. Ainsi, les autorités militaires pouvaient aisément venir inspecter les troupes, éventuellement accompagnées d’officiels étrangers. C’était aussi un lieu de parade devant les civils.

Quelques décennies plus tard, Satory est un des berceaux de l’aviation – innovation s’il en est. C’est là en effet que Clément Ader, à bord de son Avion III, a accompli un des premiers vols, le 14 octobre 1897. Ce n’était pas la première fois qu’on décollait à Versailles. Le 23 juin 1784, Jean-François Pilâtre de Rozier et son aide, le chimiste Joseph Louis Proust, s’envolaient de la cour d’honneur du château à bord d’une montgolfière – baptisée Marie-Antoinette. C’était un des premiers vols habités.
Aujourd’hui, Satory – un quartier de Versailles – abrite de nombreux services et entreprises en lien avec la Défense nationale tels le Groupement blindé de gendarmerie mobile (GBGM). Spécialisé dans le rétablissement et le maintien de l’ordre, il peut intervenir partout sur le territoire national ou en opérations extérieures, dernièrement en Afghanistan ou en République centrafricaine.

Un héritage de l’Ancien Régime :

Les liens entre le territoire versaillais et l’institution militaire remontent à Louis XIV. En 1682, le roi Soleil fixe sa cour et son gouvernement à Versailles. L’armée se doit d’être au plus près du pouvoir, Versailles devient une ville de garnison et d’innovations militaires : on conçoit, on décide, on développe, on fabrique, on met en œuvre des technologies. Pour convaincre Louis XIV de l’importance pour la France de posséder une puissante marine de guerre, Colbert fait naviguer des modèles réduits de navire de guerre sur le Grand Canal. Le visiteur est accueilli à l’espace Richaud par un extrait du film Ridicule – Patrice Leconte, 1996. On y voit une démonstration de tir dans le parc du château.

Le « Balard » du XVIIIe siècle :
Après la guerre de Sept Ans, la France entreprend la modernisation de son armée, notamment de son artillerie, insuffisamment mobile, – tâche confiée au maréchal de Gribeauval.

Par ailleurs, le maréchal de Belle-Isle, secrétaire d’État à la Guerre, obtient de Louis XV la construction de l’hôtel de la Guerre, auquel s’ajoute quelques années plus tard celui des Affaires étrangères et de la Marine, sous la houlette du duc de Choiseul. Ces trois administrations rassemblées à proximité du château – et donc du pouvoir – favoriseront la synergie et, par conséquent, l’innovation.
L’ensemble a été construit par l’ingénieur militaire et architecte Jean-Baptiste Berthier, lui-même père du futur maréchal d’Empire.

La manufacture Boutet, symbole d’excellence :

En 1789, le secrétariat d’Etat à la Guerre rejoint évidemment Paris. Mais quelques années plus tard, Versailles redevient un haut lieu de l’armement, notamment grâce à sa manufacture d’armes dirigée par Nicolas-Noël Boutet (1761-1833). Vers 1800 : quatre cents personnes y travaillaient.

Les armes d’apparat sont des cadeaux de luxe fréquents sous le Directoire et le Premier Empire. Un exemple : afin de récompenser les officiers qui l’avait soutenu lors de son coup d’Etat (novembre 1799), Napoléon fait fabriquer par Boutet des sabres spécifiques.
Le commissariat de l’exposition Les armes savantes, 350 ans d’innovations militaires est assuré par Christophe Pommier, adjoint du conservateur du département Artillerie du musée de l’Armée à Paris, et Christophe Larribère, historien et dirigeant de Vox Historiae.


Consulter :
site de Vox Historiae
site de la ville de Versailles

Infos pratiques :
Espace Richaud : 78, boulevard de la Reine, 78000 Versailles. Du mercredi au dimanche, de 12h à 19h (dernier accès à 18h30) :

À lire :
Guerres & Histoire, hors-série consacré à cette exposition, 44 p. ; 9,50 €

 

Sandrine Zilli
Sandrine Zilli
Diplômée en histoire de l'art (école du Louvre).