Le pèlerinage littéraire de Médan du 1er octobre 2017 pour le 115e anniversaire de la mort d’Émile Zola

Chaque premier dimanche d’octobre, admirateurs et descendants d’Émile Zola se rassemblent à Médan, dans les Yvelines, où il a vécu une grande partie de sa vie ; rassemblement seulement interrompu pendant les deux guerres mondiales. Pendant une heure et demie, les orateurs se succèdent, évoquant leur admiration pour l’œuvre et les combats de Zola. Chaque édition a son invité d’honneur : en 1983, le ministre de la Justice, Robert Badinter, qui venait de faire abolir la peine de mort ; en 2002, le président Chirac pour le centenaire de la mort de l’écrivain, et plus récemment le journaliste Nicolas Demorand ou une autre ministre de la Justice, Christiane Taubira. On peut regretter le rendez-vous manqué avec Simone Veil. Cette année, le linguiste Claude Hagège a brillamment souligné la poésie de la prose de Zola.

Un double hommage :

Le pèlerinage 2017 a bien évidemment mis Pierre Bergé à l’honneur. Il y a une vingtaine d’années, l’homme d’affaires et mécène – décédé le 8 septembre dernier – avait sauvé la maison Zola d’une fermeture imminente et entrepris les travaux indispensables. Fervent défenseur de la liberté et de l’égalité, il projetait aussi un musée Dreyfus. La maison, désormais restaurée et remeublée, reste cependant fermée au public, en attente de l’aménagement de ce musée consacré à l’Affaire.

« La littérature a payé ce modeste asile champêtre » :

C’est avec L’Assommoir, le 7e volume du cycle des Rougon- Macquart – paru en feuilleton à partir de 1876 – qu’Émile Zola connaît enfin le succès. Avec ses premiers vrais droits d’auteur, il achète « une cabane à lapins, entre Poissy et Triel, dans un trou charmant au bord de la Seine » (1). Dans les années suivantes, au fur et à mesure de ses succès et de ses gains, il l’a fait agrandir. Il ajoute, entre autres, une tour carrée puis une tour hexagonale, respectivement surnommées « Nana » et « Germinal » ! Jusqu’à la mort de l’écrivain – en 1902 –, les Zola y passent neuf mois par an ; l’hiver, ils vivent à Paris.
Au sommet de « Nana » – la tour carrée – une immense verrière. C’est le cabinet de travail, qui rappelle les ateliers de peintres que Zola avait beaucoup fréquentés du temps où il était critique d’art. C’est dans cette pièce que l’écrivain s’enferme chaque jour, s’attelant à sa tâche littéraire de 9 heures à 13 heures, avec sous les yeux la devise peinte sur la cheminée : Nulla dies sine linea (« pas un jour sans une ligne ») :
Zola à son bureau face à la baie vitrée de son cabinet de travail de Médan,1888, gravure de Fernand Desmoulin d’après une photographie de Zola. Laissons la parole aux habitués de Médan tel Paul Alexis : « Tout est immense. Un atelier de peintre d’histoire pour les dimensions. Cinq mètres cinquante de hauteur, sur neuf de largeur et dix de profondeur. […] Au fond, une sorte d’alcôve, grande à elle seule comme une de nos petites chambres parisiennes, complètement occupée par un divan unique où dix dormeurs seraient à l’aise. Au milieu, une très grande table » (2). L’alcôve en question est bien visible derrière l’écrivain. Maupassant précise : « Et cet immense cabinet est aussi tendu d’immenses tapisseries, encombré de meubles de tous les temps et de tous les pays. Des armures du Moyen Âge, authentiques ou non, voisinent avec d’étonnants meubles japonais et de gracieux objets du XVIIIe siècle. La cheminée monumentale, flanquée de deux bonhommes de pierre, pourrait brûler un chêne entier en un jour ; et la corniche est dorée à plein or, et chaque meuble est surchargé de bibelots » (3). Éclectisme et surcharge décorative : le goût de Zola est celui d’un bourgeois de son temps.
Rendez-vous en 2019 pour redécouvrir l’ensemble de la maison : salle à manger tapissée de cuir de Cordoue, superbes vitraux de l’immense salon de billard, salle de bain au plafond carrelé !
Notes :
(1) Émile Zola à Gustave Flaubert, lettre du 9 août 1878.
(2) Paul Alexis, Émile Zola. Notes d’un ami, 1882, p.188.
(3) Maupassant, « Émile Zola », Le Gaulois, 14 janvier 1882.

Quelques suggestions de lecture :

  • Les soirées de Médan, Les Cahiers rouges, Grasset. En 1879, Zola et cinq amis – habitués de Médan – décident d’écrire chacun une nouvelle se déroulant durant la guerre de 1870. Maupassant donne Boule de Suif !
  • François Émile-Zola et Massin, Zola photographe, éd. Denoël, 1979 ; réédité par éd. Hoëbeke en 1990.
  • Évelyne Bloch-Dano, Madame Zola, éd. Grasset, 1997.
  • Alain Pagès, Zola et le groupe de Médan. Histoire d’un cercle littéraire, éd. Perrin, 2014.

À écouter :

La marche de l’histoire, émission de Jean Lebrun sur France Inter, 7 octobre 2014, « Les Zola dans la tempête de l’affaire Dreyfus », invité : Alain Pagès.
https://www.franceinter.fr/emissions/la-marche-de-l-histoire/la-marche-de-l-histoire-07-octobre-2014

 

 

Sandrine Zilli
Sandrine Zilli
Diplômée en histoire de l'art (école du Louvre).