Lacloche, 70 ans de haute joaillerie

Sandrine Zilli, diplômée en histoire de l'art – école du Louvre
Jusqu’au 20 décembre, l’école des Arts joailliers – Paris – nous fait redécouvrir la maison Lacloche, célébrissime à la Belle Époque et dans les Années folles, aujourd’hui oubliée du grand public mais pas des professionnels de la joaillerie.
Une histoire de famille

À la fin du 19e siècle, deux frères joailliers à Bruxelles – Léopold et Jules – s’installent à Paris. Du talent, un beau mariage offrant des relations influentes, et en quelques années ils sont là où il faut être : rue de la Paix à Paris, sur New Bond Street à Londres, mais aussi dans toutes les stations thermales et balnéaires en vogue – Biarritz, Saint-Sébastien, Nice, puis Cannes et Deauville.

1925 : la consécration

Cette année-là Paris accueille l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes – qui donnera plus tard son nom au style Art déco. La maison Lacloche y remporte un grand prix pour son pendentif mettant un scène la fable du Corbeau et du Renard : un oiseau de saphirs perché sur un arbre d’onyx et tenant en son bec… un diamant jaune !

Dans ces Années folles, la garçonne se poudre le visage, souligne ses lèvres de rouge et fume, d’où la création de nouveaux accessoires : le nécessaire de beauté et l’étui à cigarettes.

Elle prend une cigarette dans son étui.
– En voilà un étui ravissant.
– Je l’adore.
– Cartier ?
– Non ; Lacloche. Je l’ai depuis des années.
Noel Coward, Easy Virtue, 1924



Faillite, renaissance et fermeture

Malgré ses succès, Lacloche dépose le bilan en 1931 ; principale raison de sa ruine : l’addiction au jeu de plusieurs membres de la famille. Quelques années plus tard, Jacques Lacloche junior relance l’affaire familiale. Il loue une vitrine au Carlton de Cannes, puis fait son retour place Vendôme. Sous sa direction, Lacloche est le premier joaillier, en 1954, à lancer un parfum, dont le flacon a, bien sûr, la forme d’une cloche.
Après-guerre, l’aristocratie se mêle à Hollywood. Jacques est invité au mariage de l’Aga Khan et de Rita Hayworth, puis à celui de Rainer et Grace Kelly. Mais de plus en plus, c'est l'art contemporain et le design qui le passionnent ; et il ouvre une galerie, rue de Grenelle à Paris. C’est lui qui édite l’audacieux escalier hélicoïdal en aluminium de Roger Tallon. En 1967, Jacques ferme définitivement ses boutiques de joaillerie pour d’autres aventures !

Infos pratiques :
« Lacloche, joailliers, 1892-1967 » exposition à l’école des Arts joailliers : 31, rue Danielle-Casanova, 75001 ; du lundi au samedi de 12h à 19h.
L’école des Arts joailliers, créée en 2012, a pour ambition de transmettre au grand public la culture joaillière. Elle bénéficie du soutien de la maison Van Cleef & Arpels, sans être à son service exclusif. Pour consulter son programme de cours : site de l’école des arts joailliers

À lire :
Laurence Mouillefarine, Véronique Ristelhueber, Lacloche, joailliers, 1892-1967, éd. Norma avec le soutien de L’école des Arts joailliers, 2019, 60 €

 

Sandrine Zilli
Sandrine Zilli
Diplômée en histoire de l'art (école du Louvre).