Exposition « Sièges en société du roi Soleil à Marianne », galerie des Gobelins, du 25 avril au 24 septembre 2017.

Galerie des Gobelins : 42, avenue des Gobelins, Paris 13e. Métro : Gobelins / Place d’Italie. Bus : lignes 27, 47, 83, 91

La galerie des Gobelins présente les trésors du Mobilier national : meubles et objets décoratifs de toutes les époques. L’exposition qui se déroule jusqu’au 24 septembre 2017 – « Sièges en société, du roi Soleil jusqu’à Marianne » – met à l’honneur le geste artisanal. 300 chaises, fauteuils, canapés, tabourets et même lits, pour l’essentiel du XVIIIe siècle, sont répartis dans huit salles, sur deux niveaux. Premier constat : le siège est une œuvre collective. Un menuisier en sièges lui donne sa forme ; un sculpteur puis un peintre ou un doreur, son ornementation ; enfin, le tapissier, sa garniture de tissu. À ces artisans, ajoutons le décorateur – qui pense le décor dans son ensemble – et le commanditaire qui a forcément son mot à dire. La première salle peut déconcerter : les sièges ont perdu de leur superbe car on a leur a ôté leur garniture de tissu. Ne restent que l’ossature de bois, les lignes générales : toutes en courbes sous Louis XV, droites sous Louis XVI. Le premier artisan à intervenir est le menuisier en sièges. Un distinguo important en matière de meubles : le menuisier travaille le bois massif, l’ébéniste : les placages de bois exotiques sur un bâti de bois européen. Les sièges sont des œuvres de menuisiers uniquement. Ce déshabillage des sièges permet de voir des marques habituellement cachées : estampille du menuisier marquée au fer et numéros d’inventaire au pochoir.
Après la menuiserie vient le décor sculpté, puis la peinture ou la dorure. Les plus beaux meubles, notamment au XVIIIe siècle, sont pensés pour s’intégrer à un ensemble plus vaste. Dans les années 1770, le duc de Penthièvre enrichit son domaine de Rambouillet d’une chaumière aux coquillages. Très rustique à l’extérieur, l’intérieur est tapissé de véritables coquillages. Les parois sont courbes, les meubles également, pour en épouser les lignes. Les pieds du canapé exposé sont des roseaux traités au naturel ; l’assise est, elle, soulignée d’une frise de coquilles rappelant celles des murs.
Enfin, c’est au tour du tapissier d’entrer en piste. Il rembourre le siège – de lui dépend en grande partie son confort – et le tapisse. Les garnitures s’abîment à l’usage, se fanent à la lumière ; très peu sont d’origine. Elles sont tissées à partir de modèles peints – scènes animalières, militaires ou galantes – souvent signés par de grands noms de la peinture. Il arrive que le travail du tapissier éclipse celui du menuisier ; pour preuve : un somptueux lit à la polonaise (c’est-à-dire agrémenté d’un dais arrondi plus petit que la couche) de style Louis XVI.
Derrière l’escalier, un petit film et quelques pièces à manipuler aident à comprendre les différentes étapes de la conception d’un siège. À mi-parcours, dans une pièce à part, carte blanche a été laissée au scénographe de l’exposition, Jacques Garcia, célèbre architecte d’intérieur, propriétaire et décorateur du château de Champ de Bataille dans l’Eure. L’ambiance est mystérieuse, nos repères dans le temps et l’espace, envolés. Sol, plafond et murs sont recouverts de miroirs, démultipliant l’espace. Un arbre pousse à l’envers mais est reflété à l’endroit, deux tapisseries Renaissance (XVIe siècle) sont associées à des meubles contemporains, eux aussi réfléchis dans le sol.

À l’étage, jetez un coup d’œil à la cour des Gobelins, enclos dédié à l’artisanat de luxe créé en 1664 par Louis XIV et Colbert (on aperçoit la statue du ministre devant la chapelle). C’est aux Gobelins qu’a été tissée il y a près de 300 ans la tapisserie L’audience du légat. Une audience exceptionnelle est accordée par le roi au représentant du pape. Celui-ci – événement rare – est reçu à l’intérieur du balustre, la barrière délimitant dans la chambre royale, un espace à part où se trouve le lit, symbole fort du pouvoir royal. Au pied de cette tapisserie aux couleurs encore superbes, est présenté un fragment de balustre en bois doré du début du XIXe siècle provenant du château des Tuileries : reliquat d’usages d’un autre temps.

Les Gobelins abritent toujours des manufactures (les Gobelins proprement dits mais aussi Beauvais pour les tapisseries ; la Savonnerie pour les tapis). Les lissiers d’aujourd’hui tissent tapisseries et tapis d’après des cartons d’artistes contemporains. En descendant l’escalier conduisant vers la sortie, vous verrez une page géante d’éphéméride en date du 14 juillet 1976 : c’est une tapisserie ! L’excellence du geste artisanal est au service de la création contemporaine, pas uniquement de la restauration d’œuvres anciennes. En témoigne un fauteuil réalisé au sein de l’atelier de recherche et de création du Mobilier national sur une idée – un design – de Sylvain Dubuisson pour le bureau des Jack Lang au ministère de la Culture. C’est un siège classique garni de cuir amande aux étranges pieds d’acier renfermant un artichaut, trois dés, une vénus de Milo à l’envers et un serpent ! Entre trône napoléonien, fauteuil de magistrat et fauteuil conçu pour la tribune présidentielle du 14 juillet, l’exposition rappelle que le siège est souvent un attribut du pouvoir.

 

 

Sandrine Zilli
Sandrine Zilli
Diplômée en histoire de l'art (école du Louvre).