Derniers jours :
un siècle de tissage aux manufactures nationales

Sandrine Zilli, diplômée en histoire de l'art – école du Louvre


Jusqu'au 4 novembre prochain, la galerie des Gobelins nous propose de découvrir un siècle de tissage aux manufactures nationales.

Tapis et tapisseries : techniques ancestrales

Aux manufactures des Gobelins ou de Beauvais, le geste est le même qu’à l’époque de Louis XIV : un métier horizontal ou vertical – mieux dit : de haute ou de basse lice. D’une extrémité à l’autre du métier sont tendus deux nappes de fils de chaîne : fils avant et fils arrière. Assis à son métier, le licier passe et repasse le fil de trame entre les fils de chaîne.
Il suit un carton, modèle fourni par un artiste dont le nom figure – ou pas – en bas à droite :
À la Savonnerie, les liciers exécutent des tapis. La technique est différente, c’est celle du point noué. L’artisan fait des boucles qu’il coupe ensuite pour obtenir un velours. Les tapisseries sont traditionnellement accrochées aux murs et les tapis posés au sol.

L’histoire en tissage


1918 : une victoire amère
Ces deux tapisseries aux tonalités très différentes expriment, pour l’une la tristesse au lendemain d’une victoire au goût amer, et pour l’autre, la sérénité retrouvée.

Plus étonnante, ces garnitures de sièges commandées par l’État à Robert Bonfils. Il s’agissait de célébrer la victoire en rendant hommage aux différentes armes :

L’entre-deux-guerres : quelques années de légèreté

Après l’épouvante de 14-18, la vie reprend ses droits ; les Français – et bien d’autres Européens – souhaitent oublier, s’amuser, reconstruire leur vie et leur pays.
La femme est moderne – c’est la garçonne de Victor Margueritte, qui s’est coupé les cheveux, a raccourci sa robe et se déhanche sur un air de jazz – mais le thème très classique : celui des saisons. Le printemps est traditionnellement associé à la jeunesse.

La France célèbre son empire colonial. Elle en propose une vision idéalisée, mêlant exotisme et sensualité. Par extension, le lointain est à la mode :

Les manufactures au temps de l’Occupation :

Les manufactures nationales n’échappent pas à la propagande vichyiste. Eté 1941 : commande est passée à Aubusson d’une grande tapisserie à la gloire du maréchal Pétain. Cette œuvre, techniquement parfaite, devient très encombrante dès 1944, comme l’exprime pudiquement Georges Fontaine, alors administrateur des manufactures : Il m’ennuie un peu de penser que ces tapisseries, qui portent la marque des Gobelins, puissent rester en circulation dans le monde. Elles ne me paraissent pas très caractéristiques de notre art, d’une part, et d’autre part elles évoquent un moment fâcheux de l’histoire de notre manufacture nationale. Aussitôt remisée, elle est aujourd’hui présentée au public pour la première fois, parfaitement remise dans son contexte grâce à un petit film très clair.

Nouvelle approche de la tapisserie après la Seconde Guerre mondiale :

Au XIXe siècle, la tapisserie tendait à imiter la peinture. Après la Seconde Guerre mondiale, elle s’affirme comme une technique indépendante. Le licier ne copie plus servilement la peinture mais la transpose dans un autre médium, l’interprète. Désormais, l’auteur du carton et les liciers travaillent en étroite collaboration. Par ailleurs, la politique se fait plus discrète dans le choix des projets.

Au fil du siècle, chefs-d’œuvre de la tapisserie, 1918-2018 :

L’exposition se tient jusqu’au 4 novembre 2018 à la galerie des Gobelins, 42 avenue des Gobelins, 75013 Paris ; tous les jours sauf le lundi, de 11h. à 19h.
Consulter le site du Mobilier national
Les Gobelins, une pépinière royale

 

 

Sandrine Zilli
Sandrine Zilli
Diplômée en histoire de l'art (école du Louvre).