Dordogne, épisode 1 : Fac-similés, Traîtres et Aliénés : le surprenant château de Biron
Sandrine Zilli
sandrine@histoiredumobilier.com
Construit en pierre blonde du Périgord au sommet d’une colline, Biron – le plus grand château de Nouvelle-Aquitaine – est aujourd’hui propriété du conseil départemental de la Dordogne.
Monumental, mais vide, isolé au sud du département, à une soixantaine de km de Sarlat, rien ne le prédisposait à accueillir 80 000 visiteurs par an. C’était sans compter sur le Mobilier national et sur un jeu télévisé, Les Traîtres !
Biron, 1 000 ans d’histoire

Château de Biron © Déclic&Décolle
Le Périgord est occupé par l’homme depuis la préhistoire ; le site de Biron depuis l’an 1000. Des fouilles archéologiques récentes ont mis au jour les vestiges des premières constructions à l’emplacement de l’actuel château.
Au Moyen Âge, la couronne anglaise possède une grande partie du sud-ouest de la France, conséquence du mariage de la duchesse Aliénor d’Aquitaine avec Henri Plantagenêt (futur roi d’Angleterre).
Les couronnes française et anglaise s’y sont donc affrontées durant la guerre de Cent Ans (1337-1453). La forteresse de Biron a été assiégée cinq fois ; les Anglais s’en sont emparés deux fois.
Comme tous les châteaux, Biron a connu au fil des siècles des périodes fastes et d’autres plus sombres.

Le château d’Amboile (détail), huile sur toile, vers 1590-1600, collection Ormesson ; tableau aujourd’hui exposé dans la salle à manger du château
Au 16e siècle, l’austère forteresse médiévale prend des airs de palais Renaissance. En 1490, Pons de Gontaut-Biron devient écuyer tranchant (serviteur coupant la viande) du roi Charles VIII. Il l’accompagne en campagne militaire à Naples. D’Italie, Pons rapporte le goût de la Renaissance, qu’il a introduite à Biron. Son frère Armand, lui, devient évêque de Sarlat.
Chefs-d’œuvre de sculpture Renaissance

Chapelle du château de Biron © Semitour
Cette chapelle – à la fois oratoire des châtelains et chapelle funéraire – abrite les tombeaux des frères Pons et Armand, tous deux morts à Biron, respectivement en 1524 et 1531.
Ces tombeaux mêlent tradition médiévale et bas-reliefs de style Renaissance. Le chevalier est représenté en gisant, son heaume posé à côté de sa tête. Il est accompagné d’un lion – symbole de force. Les scènes se déployant sur les côtés du tombeau – ici le Christ et ses Apôtres – introduisent des nouveautés stylistiques venues d’Italie.

Tombeau de Pons de Gontaut-Biron, chapelle du château de Biron

Tombeau de Pons de Gontaut-Biron (détail)
Fac-similés

« La Mise au Tombeau », fac-similé, chapelle de Biron

« La Pietà », original du 16e siècle, pierre calcaire, traces de polychromie ; New York, Metropolitan Museum of Art, don de J. Pierpont Morgan, 1916
Deux des ensembles sculptés de la chapelle – la Pietà et la Mise au Tombeau – sont en réalité des fac-similés, c’est-à-dire des copies à l’identique, mais dans des matériaux différents.
Le musée new-yorkais a toujours refusé un moulage traditionnel, qui risquait d’abîmer les œuvres, mais les techniques ont évolué. L’impression 3 D, effectuée à partir de relevés d’une extrême précision, permet de reproduire une œuvre sans y toucher. En 2018, le MET se laisse finalement convaincre par la Semitour et par la qualité du travail des Ateliers des Fac-Similés du Périgord, installés à Montignac, qui avaient auparavant réalisé les fac-similés de la grotte de Lascaux – Lascaux 4.
En 1907, la Pietà et la Mise au tombeau de Biron sont acquises par Seligmann and Co, une compagnie de marchands d’art très réputée, qui les vend au banquier J.P. Morgan. C’est l’époque où les milliardaires américains se constituent de fabuleuses collections d’art européen – ancien et contemporain. J.P. Morgan lègue ses chefs-d’œuvre de la sculpture française au Metropolitan Museum de New York, où elles sont depuis conservées.
Rien ne nous permet de remarquer qu’il s’agit de copies. Chaque détail de la sculpture est rendu à l’identique, jusqu’aux graffiti et aux lacunes de la polychromie. Seule différence : le matériau – les originaux sont en pierre, les fac-similés se composent d’une coque en résine à l’aspect pierre. Les fac-similés sont donc bien plus légers que les originaux.
Le remeublement de Biron
Certaines pièces du logis seigneurial ont été remeublées récemment grâce à des dépôts du Mobilier national – institution qui conserve et restaure les meubles et objets décoratifs appartenant à l’État français et destinés à aménager l’Élysée, les ministères, les préfectures, les ambassades de France. Depuis 2012, le Mobilier national contribue à remeubler des monuments historiques appartenant à des collectivités publiques.
L’aménagement de la chambre dite de Jeanne d’Albret montre au visiteur la chambre d’un personnage de qualité à la fin du 16e siècle ; c’est dans cette pièce qu’on mesure le mieux l’apport du remeublement récent.

Chambre dite de Jeanne d’Albret
Au 16e siècle, un personnage important reçoit dans sa chambre ; ce n’est pas encore une pièce relevant exclusivement de l’intimité.
Le lit, propriété de l’État, a un temps été au fort de Brégançon, la résidence d’été du président de la République. Posé sur une estrade, il est garni de cuir clouté. Les rideaux, qui peuvent protéger du froid, donnent une touche de luxe à ce mobilier austère. Au pied du lit, le coffre permet de ranger les affaires de l’occupant des lieux. À la table, celui-ci peut écrire et prendre ses repas. Le bois tourné – travaillé au tour – et laissé au naturel est alors très prisé.

Table de la chambre de Jeanne d’Albret, devant une cheminée monumentale

Table de la chambre de Jeanne d’Albret, devant une cheminée monumentale

Détail des courtines (rideaux) du lit de Jeanne d’Albret
Biron a ainsi joué un petit rôle dans la grande histoire lorsque, en janvier 1572, Jeanne d’Albret y fait escale. Venue de son fief de Nérac, elle doit gagner les bords de Loire afin de négocier l’union de son fils Henri de Navarre – futur Henri IV – à la reine Margot, sœur du roi de France.
Censé apaiser les tensions entre catholiques et huguenots, ce mariage, célébré en août de la même année, marque en fait le point de départ des massacres de la Saint-Barthélemy. Jeanne d’Albret s’éteint quelques mois plus tard à Paris, rongée par la tuberculose.
Trente ans plus tard, Charles de Gontaut-Biron, impliqué dans un complot contre Henri IV, est exécuté à la Bastille (Paris). La famille tombe alors en disgrâce pendant quelques décennies et le domaine de Biron souffre de cette situation.
Traîtres et aliénés
La saison 3 du jeu télévisé Les Traîtres – présenté par Éric Antoine et diffusé sur M6 – a été filmée au château de Biron, ce qui a bien sûr participé à sa renommée.
Le terme « aliéné » n’est pas une trouvaille de communicant talentueux ; il s’employait déjà au Moyen Âge. Du latin alienare, il signifie « rendre autre », « vendre » ; dans le contexte qui nous intéresse, le mot désigne un objet qui change de statut. En règle générale, dans le droit français, les collections nationales sont « inaliénables », c’est-à-dire qu’elles ne peuvent pas être vendues. Cependant, depuis des siècles, le Mobilier national aliène certains de ses meubles qui ne sont plus utilisés et dont la valeur patrimoniale est nulle, et ce bien sûr, en suivant une procédure très stricte. Aliénés, ces meubles, oubliés car désuets, peuvent être vendus, dépecés, modifiés, réinterprétés et ainsi mis au goût du jour !
Une succession de drôles de meubles
Divers artistes ont ainsi transformé des meubles aliénés, et ce, en conservant – dans la mesure du possible – leur valeur d’usage.

Nicolas Buffe, « lampes-okabé », bois peint, textile, cuivre, patine grise et or, vers 1960, lanternes japonaises ; 2023 © Mobilier national

MG dit La Bomba (Guillaume Maréchal), « Inside the city », bibliothèque d’époque Restauration, vers 1820, acajou verni, bois peint, verre © Mobilier national

Vincent Darré, Pierre Chevalier, « Jardin vénéneux », lustre de style Empire envahi par une végétation luxuriante, bronze doré patiné vert, verreries ; 2021 © Mobilier national

Collectif Artspéculation, « L’école des loisirs », commode de style Louis XVI (1961), noyer ciré et tapisserie au point (2021) © Mobilier national
Bonne visite !
Pour en savoir + sur la programmation culturelle de Biron : cliquez ici
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