Dordogne, épisode 2 : Rayonnement et malheurs de l’abbaye de Cadouin
Sandrine Zilli
sandrine@histoiredumobilier.com
Aujourd’hui propriété du département de la Dordogne, le cloître de Cadouin conserve le souvenir des moines et d’un extraordinaire objet de dévotion, une des plus précieuses reliques de la chrétienté, le suaire du Christ.

Église et cloître de Cadouin © Semitour
« Prie et travaille » (Ora et Labora)
À l’époque romane – 10e-12e s. –, l’Europe se couvre d’abbayes. Celle de Cadouin, fondée en 1115, adopte rapidement la très stricte règle cistercienne, qui prône le travail, l’humilité des moines et le dépouillement de l’architecture.
Pendant des siècles, les pèlerins ont assuré la renommée spirituelle et la prospérité économique de l’abbaye et du village de Cadouin.

Le siège du père abbé, galerie nord du cloître de Cadouin

« Les moines de Cadouin en prière à la suite du père abbé », sculptures du cloître
Les moines s’asseyaient sur le banc de pierre afin d’écouter les lectures faites par le père abbé.
Une église romane, un cloître gothique

Jardin du cloître de Cadouin

Arcatures du cloître de Cadouin
L’abbaye a connu deux périodes de grande prospérité : les 12e et 13e siècles, puis la seconde moitié du 15e siècle – après la guerre de Cent Ans.
La première époque nous a laissé l’église abbatiale (aujourd’hui paroissiale), de style roman. Le cloître, lui, détérioré, a été reconstruit après la guerre de Cent Ans, au goût du jour, à savoir en style gothique flamboyant.
Deux époques, deux styles et deux pierres : l’histoire de Cadouin se lit dans ses murs. La base du cloître roman, en pierre jaune du Périgord, a été conservée. Le nouveau cloître gothique a été construit en pierre calcaire des Charentes maritimes. Son exubérance contraste avec l’idéal de sobriété des premiers cisterciens.
Comme de nombreux monastères, Cadouin connaît un lent déclin à partir des guerres de Religion, avant la suppression des ordres religieux à la Révolution. C’est alors qu’un riche paysan acquiert aux enchères les bâtiments qui, dès 1839, sont rachetés par le département. En 1840, le cloître est classé monument historique.
Les mésaventures du suaire de Cadouin
Qui dit suaire du Christ dit Turin. La tradition voulait que la cathédrale de Turin conserve le linceul qui avait enveloppé le corps de Jésus, et Cadouin, celui qui avait recouvert son visage.

Deux anges tenant un linge sur lequel se détache le Christ (probable allusion au fameux suaire), cloître de Cadouin

« Suaire » de Cadouin, lin et soie, Égypte fatimide, 11e s.
La présence de ce précieux tissu est attestée à Cadouin en 1214. Si on ignore les circonstances et la date exactes de son arrivée en Dordogne, Cadouin lui doit incontestablement sa prospérité. Rapidement, les miracles se multiplient, les pèlerins affluent, Cadouin se couvre de maisons et devient un bourg prospère.
Or, en 1935, l’Église officialise un fait aussi indubitable que troublant : sur le précieux tissu se déploie une longue frise en coufique – calligraphie particulière, qui transforme les courbes des lettres arabes en angles. Cette inscription nous apprend que le tissu a été tissé en l’honneur du calife fatimide Al-Mustali, qui a régné sur l’Égypte de 1094 à 1101. À cette inscription s’ajoute la répétition du motif de la Kaaba (le cœur de la Mecque) et la célébration du Prophète de l’Islam.
Devant ce constat – le « suaire du Christ » célèbre Allah –, les autorités ecclésiastiques interdisent le pèlerinage de Cadouin. Souvenons-nous néanmoins que, pendant 700 ans, le suaire de Cadouin a guéri, fait reprendre espoir ; les chroniques évoquent 2 300 miracles !
Très fragilisé, le suaire est actuellement en restauration à Périgueux ; le petit musée du cloître en présente cependant un fac-similé.
Aujourd’hui, Cadouin raconte une histoire singulière dans un cadre architectural exceptionnel. Le cloître est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Pour en savoir + sur le cloître et l’auberge installée dans les anciens bâtiments conventuels : cliquez ici !
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