Un souper en amoureux

« Le souper fin », gravure de C.L. Lingée d’après un dessin de J.M. Moreau, 1774-1777 ; Paris, musée Carnavalet
Deux couples dinent en toute intimité, en l’absence de domestiques – qui sont parfois indiscrets ! Cependant, tout le nécessaire est à leur portée grâce à deux tables rafraîchissoirs, probablement à roulettes, semblables à celle-ci :

Table servante dite aussi table rafraîchissoir portant l’estampille de Canabas ; chêne plaqué d’acajou et acajou massif, marbre, laiton ; vers 1770 ; Paris, musée du Louvre, département des objets d’art

« Un souper fin » (détail) ©musée Carnavalet
Sur la tablette d’entrejambe de chaque rafraîchissoir ont été placées des assiettes. Du plateau de ces rafraîchissoirs dépasse le goulot d’une bouteille de vin. Sur la petite table du premier plan se trouve un rafraîchissoir à verres, dont les bords sont crénelés. Dans chaque creux, on peut glisser un verre à pied, la coupe plongée dans la glace. Ainsi, le verre refroidit tandis que le pied reste sec.

Rafraîchissoir à verres, faïence de la manufacture de Meillonnas, France (Ain), vers 1765 ; New York, The Metropolitan Museum of Art, don de R. Thornton Wilson, en mémoire de Florence Ellsworth Wilson, 1950
Le rafraîchissoir peut aussi prendre la forme d’une grande bassine que l’on remplissait de glace pour y placer des bouteilles.

François Boucher d’après Antoine Watteau, « Jeune noir prenant une bouteille d’un rafraîchissoir », gravure, milieu 18e siècle ; The Metropolitan Museum of Art, don de Georgiana W. Sargent, en mémoire de John Osborne Sargent, 1924
Revenons à la gravure représentant un souper : si les courbes des tables servantes sont de style Transition, les chaises au dossier ovale et aux pieds droits sont, elles, clairement Louis XVI.
Une salle à manger éphémère
La pièce est indéfinissable. Il semble qu’il ne s’agisse pas d’une salle à manger avec un mobilier fixe, mais plutôt d’un aménagement temporaire. Le temps d’un souper, on a dressé une table – probablement très sommaire : une planche sur des tréteaux, entièrement dissimulée par une nappe trop longue ; les coins de celle-ci ont été noués. La table est dominée par un élégant surtout orné de trois femmes nues portant un ananas.
C’est à cette époque que la salle à manger – avec une table fixe – s’impose dans les résidences luxueuses.
Les sources de lumière

Souper fin (détail)