Les bureaux Louis XV
Bureau plat, bureau en pente, secrétaire… Comme les sièges, les bureaux se diversifient considérablement.
Le bureau plat :
Le bureau plat – apparu vers 1700 (style Régence) – est sous Louis XV le modèle le plus courant.
Comparons un bureau plat Régence et un autre d'époque rocaille :

Bureau plat attribué à Charles Cressent ; bâti de chêne et pin, marqueterie d’amarante et de noyer, cuir rouge moderne ; vers 1725 ; Londres, The Wallace Collection.

Bureau plat du Dauphin (fils de Louis XV), estampillé BVRB, 1745 ; château de Versailles, grand cabinet du Dauphin ©Wikipédia
Regardons le plateau : aux lignes droites de la Régence, se substituent les lignes chantournées de l’époque rocaille. De même, les pieds se galbent bien plus.
Les trois – éventuellement cinq – tiroirs de la ceinture sont alignés. Auparavant, le tiroir central était en net retrait.
Le fauteuil de cabinet
Devant un tel bureau prenait place à un fauteuil de cabinet (de bureau), au dossier enveloppant, confortable, destiné à une personne pouvant rester des heures à sa table de travail.
Notons la disposition des pieds du fauteuil de cabinet – un à l’avant, un à l’arrière et un de chaque côté. Ainsi, les jambes ne buttent pas sur des pieds latéraux.

Fauteuil de cabinet, noyer sculpté, garniture de cuir, clous de laiton, vers 1750 ; New York, The Metropolitan Museum of Art, don des frères Duveen, 1921
Ce fauteuil de cabinet présente un décor sculpté d’une grande élégance. L’épaisseur de ses accotoirs dissimule de petits casiers vide-poches.

Fauteuil de cabinet canné, hêtre sculpté et doré, vers 1760 ; New York, The Metropolitan Museum of Art, don de Mme Charles Wrightsman,1988
Même à l’époque rocaille où la légèreté est généralement de mise, le bureau plat conserve des dimensions imposantes – entre 1,60 m et 1,80 m de large lui conférant un aspect majestueux. C’est le bureau du haut fonctionnaire ou de l’homme de négoce, attablé des heures à sa tâche. Ce bureau s’est cependant décliné en modèle plus petit, plutôt à usage féminin.

Olof Fridsberg, « La comtesse Ulla Sparre », aquarelle, vers 1760 ; Stockholm, Nationalmuseum
L’épouse de Carl Gustav Tessin – diplomate suédois, grand collectionneur d’art français – est représentée dans un luxueux cabinet de sa résidence d’été d’Åkerö, assise à un petit bureau plat français sur lequel est posé un cartonnier. Percé de casiers, le cartonnier permet de ranger des documents.
Le bureau en pente
Le dessus incliné se rabat pour permettre d’écrire. Cette forme est probablement née de l’habitude de poser un pupitre sur une petite table ; des ébénistes auraient penser à mêler les deux éléments.
Apparu vers 1730, le bureau en pente disparaît dès la fin du règne de Louis XV – vers 1760, à l’époque Transition. C’est donc un des rares meubles exclusivement d’une époque.

Bureau en pente, placage de bois de rose, époque Louis XV ; Paris, Mobilier national ©Isabelle Bideau

Même bureau ouvert ©Isabelle Bideau
À l’intérieur, tiroirs et casiers permettent de ranger des lettres ou de petits objets.
Souvent de dimensions réduites, le bureau en pente était placé dans un salon ou un boudoir. C’était par conséquent un meuble très féminin, plaqué de superbes marqueteries de fleurs ou de laques d’Extrême-Orient. Toutes ses faces sont marquetées, il n’était donc pas destiné à être placé contre un mur.

Petit bureau en pente estampillé Jacques Dubois, bâti de chêne et pin, placage d’acajou, de bois de violette et de laque, bronzes dorés, vers 1745-4749 ; Chicago Art Institute

Bureau en pente, estampillé Migeon, époque Louis XV ; Paris, Mobilier national ©Isabelle Bideau
La partie en pente peut se superposer à un bureau garni de tiroirs, alourdissant un peu la silhouette du meuble.

Même bureau, ouvert ©Isabelle Bideau
Le bureau en dos d'âne
Lorsque la pente est double, le bureau est dit « en dos d’âne » – modèle rarissime.

Bureau à double pente (ou dos d’âne), estampillé BVRB (Bernard van Risenburgh), bâti de chêne, placage de bois de rose, bois de violette et satiné, tiroirs en acajou, bronzes dorés ; vers 1755 ; Los Angeles, The Paul Getty Museum, don de J. Paul Getty

Même bureau, ouvert d’un côté ©The J. Paul Getty Museum, Los Angeles

Même bureau, détail d’un tiroir ©The J. Paul Getty Museum, Los Angeles
La fin du règne de Louis XV voit apparaître le bureau à cylindre, que nous évoquerons dans la partie consacrée au style Transition.
Les bureaux étaient souvent fermés à clé. C’est bien entendu le cas du secrétaire dont le nom – déjà en usage au 18e siècle – indique la fonction : conserver des secrets.
Le secrétaire
Le secrétaire apparaît vers 1730. Il se divise en deux parties : une « armoire » dans la partie inférieure surmontée d’un abattant qui, une fois ouvert, permet d’écrire.

Secrétaire, vers 1750, bois de violette, bois de rose et autres bois, vers 1750 ; New York, The Metropolitan Museum of Art, legs de Catherine D. Wentworth, 1948

Le même secrétaire ouvert ©New York, The Metropolitan Museum of Art
Les secrétaires Louis XV ont de belles courbes, même s’il semble difficile de galber un tel meuble.

Secrétaire à abattant estampillé Jean-François Dubut, bâti de chêne plaqué de laque chinoise et de vernis européen, côtés plaqués de de bois de rose, satiné, bois de violette, etc., bronzes dorés, marbre Brèche d’Alep ; vers 1760 ; The Metropolitan Museum of Art, legs de Mme Charles Wrightsman, 2019

Le même secrétaire, ouvert ©The Metropolitan Museum of Art

Le même secrétaire, détail de l’intérieur ©The Metropolitan Museum of Art

Secrétaire estampillé Jacques Dubois, bâti de chêne plaqué de panneaux de laque rouge de Chine et vernis européen imitant la laque, vers 1755 ; Los Angeles, The P. Getty Museum

Même secrétaire, vu de profil ©The P. Getty Museum, Los Angeles