Ormesson, un château méconnu
Sandrine Zilli
sandrine@histoiredumobilier.com
Pour visiter le château d’Ormesson – sur la commune du même nom, dans le Val-de-Marne –, il fallait jusqu’à maintenant se contenter des Journées du patrimoine. Cette année, il ouvre ses portes aux visiteurs pendant plus d’un mois d’affilée : du 27 juillet au 3 septembre.
C’est l’occasion de retracer l’histoire de ce château qui porte le nom d’un de nos écrivains les plus populaires.
2 châteaux en 1 !

Château d'Ormesson côté ville

Château d’Ormesson côté jardin
« [...] on pourrait dire qu’Ormesson est fait de deux maisons qui se tournent le dos, mais les toits se marient avec tant de grâce que cette brouille ne se remarque pas ».
L’évocation poétique de son château par Wladimir d’Ormesson en 1929 prend tout son sens quand on en fait le tour. Venant de la ville, le visiteur découvre un château ramassé sur lui-même, imposant sans être écrasant. En le contournant, il comprend que le château se compose en fait de deux parties distinctes.

Le château d’Amboile (détail), huile sur toile, vers 1590-1600, collection Ormesson ; tableau aujourd’hui exposé dans la salle à manger du château
Amboile est l’ancien nom du domaine auquel la famille Ormesson a plus tard donné son nom.
La partie la plus ancienne, construite à partir de 1578, a un petit air de place des Vosges (Paris). La place a certes été construite quelques décennies plus tard, mais elle est de même style. La mode était alors aux châteaux de brique et pierre, coiffés de toits d’ardoise fortement pentus et de très hautes cheminées.

Pavillon d’angle du château sur trompe, 16e siècle
Le château semble flotter sur l’eau, impression que l’on doit aux pavillons d’angle en saillie, supportés par des trompes. Celles-ci sont couronnées de têtes monstrueuses qui rappellent les mascarons du Pont-Neuf.

Mascaron du château d’Ormesson

Mascaron du Pont-Neuf, Paris

Partie du château construite vers 1760
À ce château caractéristique de la Renaissance française s’en greffe un autre au milieu du 18e siècle. Construit en pierre blanche, son avant-corps central est coiffé d’un fronton triangulaire (qui a dû abriter les armes de la famille) et de toits « à la Mansart ».
Ce château d’époque Louis XV conserve en partie ses boiseries, ses meubles et objets d’art : une commode de style Transition, des chenets de style rocaille (tout en courbes), d’élégantes boiseries d’un style rocaille assagi annonçant le néo-classicisme.
L’ensemble reflète à merveille la douceur de vivre de l’aristocratie à la veille de la Révolution.

Salon du château 18e siècle

Chenet de style rocaille (Louis XV)
Lors de sa visite à Ormesson en 1767, Diderot n’est pas séduit. Dans une lettre à son amie Sophie Volland, il en fait cette description moqueuse et, pour nous, quelque peu énigmatique : « Ce château, avec les eaux qui l’entourent et les coteaux qui le dominent, a l’air d’un flacon dans un seau de glace ».
Wladimir, le dernier châtelain d’Ormesson
Wladimir d’Ormesson est le dernier occupant du château ; il s’y éteint en 1973 après une longue et riche vie. Grièvement blessé pendant la Première Guerre mondiale, il devient officier d’ordonnance du maréchal Lyautey, puis journaliste, diplomate – il a été ambassadeur en Argentine, puis auprès du Saint-Siège –, et écrivain. Enfin, en 1964, il prend la direction de l’ORTF.
Une dizaine d’années plus tard, un autre Ormesson, Jean, devient à son tour académicien. Lui avait grandi dans le château maternel de Saint-Fargeau dans l’Yonne – qu’il a évoqué dans son roman « Au plaisir de Dieu » –, mais c’est sur le perron du château d’Ormesson qu’il reçoit son épée d’académicien des mains de Gaston Palewski en 1974.
Un château longtemps endormi
Depuis le décès de Wladimir en 1973, le château n’est plus occupé. Cependant, il connaît un regain de vitalité depuis qu’il accueille des tournages.

Grand salon du château d'Ormesson

Grand salon du château d'Ormesson
C’est à la série Franklin, produite en 2024 par la plateforme américaine Apple TV, que l’on doit les décors peints de la salle à manger et du salon. Ces décors contemporains évoquent l’atmosphère raffinée des intérieurs aristocratiques du 18e siècle. Ils sont inspirés du petit salon de l’appartement du graveur Gilles Demarteau remonté au musée Carnavalet : pour en savoir +
Quant aux amateurs de téléréalité culinaire, ils reconnaîtront le château où, depuis 2024, est tournée l’émission de M6 Le meilleur pâtissier.
À savoir :
Situé à une quinzaine de km au sud-est de Paris, le château d’Ormesson est accessible par les transports en commun. De la gare de Sucy-Bonneuil (RER A), prendre :
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le bus 308 en direction de : Les Mordacs ; arrêt : Olivier d’Ormesson
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ou le bus 440 en direction de : Centre commercial Pince Vent ; arrêt : Le Château
Tarifs :
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10 € pour le château et le parc
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5 € pour les 12-18 ans
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Gratuit pour les enfants de moins de 12 ans.
La visite se fait librement à l’aide d’un support de visite.
Visite guidée le week-end à 11 h et 15 h.
Bonne visite !
À lire pour tout savoir sur l’histoire du château d’Ormesson :
Xavier Salmon, « Le château d’Ormesson, tribulations d’un flacon dans un seau de glace », édition LIENART, 2023

