Les églises peintes des bords de la Gartempe, alternative au surtourisme
Sandrine Zilli
sandrine@histoiredumobilier.com
Du 11e au 15e siècle, sur une vingtaine de kilomètres, de Saint-Savin à Montmorillon – département de la Vienne –, des peintres ont mis en couleur les parois des églises de la vallée de la Gartempe.
Évoquons ces trésors du département de la Vienne en suivant le carnet de voyage de Diane de Moussac, qui a aquarellé paysages, châteaux et scènes religieuses jalonnant ce tronçon de la Gartempe, joliment qualifié de « vallée des fresques ».
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Une rivière et deux saints

Pont sur la Gartempe, reliant Saint-Savin à Saint-Germain » © Wikipédia
La rivière Gartempe s’écoule sur quelque 200 km dans un paysage de bocage. Très bien conservé, ce pont médiéval est un des joyaux architecturaux des bords de la Gartempe.
Vers l’an 800, on a retrouvé les reliques de Savin et Cyprien, deux frères venus quelques siècles plus tôt évangéliser le Poitou. Dans La Légende dorée (vers 1260), le moine Jacques de Voragine décrit leur persécution qui s’achève sur les bords de la Gartempe, où bientôt est construite une abbatiale en leur honneur.

Diane de Moussac, « Savin et Cyprien », aquarelle d’après une peinture originale de la crypte de l’abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe © Diane de Moussac

Diane de Moussac, partie conventuelle de l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe © Diane de Moussac
Vers 1100, les voûtes de cette abbatiale reçoivent un des plus beaux cycles de peintures romanes.

« L’Arche de Noé », peinture à la détrempe, vers 1100 ; voûte de l’abbatiale de Saint-Savin
Ce chef-d’œuvre de la voûte de l’église abbatiale de Saint-Savin est à l’origine de l’exposition qui se tient actuellement à Saint-Savin, consacrée au Déluge – thème universel, atemporel et en résonance avec notre époque d’effarement climatique.
Pour en savoir +
Une riche iconographie

Diane de Moussac, « Adam et Ève », aquarelle d’après une scène peinte dans la chapelle Sainte-Catherine à Jouhet © Diane de Moussac
Chacun d’un côté de l’arbre de la connaissance, Adam et Ève regardent le serpent tentateur. Celui-ci tourne la tête vers Ève, qui tient déjà le fruit défendu.

Diane de Moussac, « Une vision de l’enfer », aquarelle d’après l’original ; oratoire du château de Boismorand (cette chapelle n’est pas accessible aux visiteurs) © Diane de Moussac
Diane entretient un lien fort avec Boismorand, qui était le château de ses grands-parents.
Malgré leurs couleurs pâlies, les tourments de l’enfer restent très expressifs. Les supplices infligés par Satan sont parfaitement détaillés, les mauvais chrétiens sont brûlés, pendus, gavés et ébouillantés.

Visuel : Diane de Moussac, « Le réveil des morts », aquarelle d’après une peinture de l’église Notre-Dame de l’Incarnation à Antigny © Diane de Moussac
Un ange sonne d’une trompe pour réveiller les morts qui soulèvent le couvercle de leur sarcophage, prélude au Jugement dernier.
Jusqu’à très récemment, des sarcophages mérovingiens étaient disposés sur la place devant l’église. Impossible de savoir s’ils étaient visibles au moment où les peintres travaillaient à Notre-Dame de l’Incarnation.
Outre ces sujets bibliques fréquemment représentés dans les églises, un thème moins commun retient l’attention : les trois vifs et les trois morts.

Diane de Moussac, « Les trois morts et les trois vifs » (détail : les trois vifs)), aquarelle d’après une peinture du 15e siècle de l’église Notre-Dame de l’Incarnation à Antigny © Diane de Moussac

Diane de Moussac, « Les trois morts et les trois vifs » (détail : les trois morts), aquarelle d’après une peinture du 15e siècle de dans la chapelle Sainte-Catherine à Jouhet © Diane de Moussac
Trois jeunes seigneurs, fringants, arrogants, vêtus à la mode du 15e siècle, s’égarent lors d’une partie de chasse et se retrouvent près d’un vieux cimetière. Leur tapage a réveillé trois morts, à l’apparence de squelettes, qui les mettent en garde : Nous avons été ce que vous êtes, vous serez ce que nous sommes. Ces morts rappellent aux vivants la brièveté de la vie, leur enjoignant de préparer leur salut en bons chrétiens.
Comme les transis ou les danses macabres, cette histoire fait écho aux angoisses des contemporains marqués par la guerre de Cent Ans, les famines et les épidémies de peste.
Ces quelques exemples montrent qu’il serait dommage de visiter l’abbatiale de Saint-Savin sans prendre le temps de découvrir les peintures d’autres églises bordant la Gartempe, les villages et quelques particularités régionales comme la lanterne des morts.

Lanterne des morts, Antigny, sur la place devant l’église, 12e siècle © Wikipédia
Ces tours, propres au Poitou, au Limousin et à la Saintonge, ont souvent été détruites au moment où les vieux cimetières ont été fermés et de nouveaux aménagés hors des bourgs, à la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle.
On sait qu’une lampe était placée au sommet ; ainsi le cimetière restait éclairé toute la nuit. La fonction exacte de ces tours reste cependant énigmatique.

Église Notre-Dame vue du pont sur la Gartempe, Montmorillon © Wikipédia

« L’Adoration des Mages et sainte Catherine », peinture à la détrempe, vers 1480, chapelle Sainte-Catherine, commune de Jouhet

