Le Havre, épisode 4 : Un appartement de style Reconstruction

Sandrine Zilli
sandrine@histoiredumobilier.com
Il y a une vingtaine d’années, alors que le centre-ville du Havre s’apprêtait à rejoindre la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l’Unesco, la municipalité a racheté un logement de 100 m2 dans un immeuble Perret, qu’elle a transformé en appartement témoin d’un nouveau mode de vie.
Poussons les portes de cet appartement idéal des Trente Glorieuses !
L’ambition n’était pas de reconstituer à l’identique un aménagement qui a vraiment existé, mais de proposer une vitrine de ce que les années 50 proposaient de meilleur, et ce, dans un appartement, lui, bien réel, construit après-guerre et occupé par des Havrais sinistrés de guerre.

 

Une conception audacieuse

Auguste Perret souhaite offrir aux occupants de ses appartements de l’espace, du calme, de l’air et de la lumière. De hautes fenêtres et une double exposition assurent un ensoleillement maximal et une parfaite circulation de l’air.
Ces fenêtres, à hauteur d’homme debout d’après les propres termes de Perret, s’opposent aux fenêtres en bandeau chères à Le Corbusier.
Dès la porte d’entrée franchie, le visiteur fait face à une colonne, inattendue à cet emplacement. C’est la seule structure porteuse à l’intérieur de l’appartement.
Cette colonne de béton, aujourd’hui un gage d’authenticité, a longtemps rebuté les habitants, qui tentaient de la dissimuler en la repeignant ou en l’entourant d’étagères.
Les façades se composent d’une trame de poteaux et poutres constituant l’ossature porteuse. Dans un appartement Perret, il y a une structure porteuse tous les 6,24 mètres. De la façade sur rue à cette colonne de l’entrée, il y a donc 6,24 m ; de la colonne à la façade sur cour également. 6,24 m correspond à la portée optimale d’une poutre en béton en 1950. Par ailleurs, c’est un chiffre facilement divisible par 2 ou par 3, ce qui facilite la préfabrication et donc la rapidité des travaux.
Ainsi, le cloisonnement de l’appartement, qui n’obéit à aucun impératif structurel, est modulable. Le logement, à l’instar d’une famille, évolue au fil du temps. Rien n’empêche de supprimer toutes les cloisons afin d’obtenir un seul et vaste espace.

 

L’avènement du confort moderne

L’électroménager entend alléger la vie domestique qui assujettit la femme – on ne parle pas encore de partage des tâches ! La cuisine est pensée rationnellement. Placards hauts et placards bas, les ustensiles et la vaisselle sont à portée de main.
La ménagère, souvent femme au foyer, peut écouter son transistor tout en vaquant à ses occupations. Elle s’instruit et se divertit, ouverture inédite sur le monde.
Notons que la radio trône également dans la pièce à vivre (le living room) ; on peut l’écouter en famille. Cependant, la télévision – et son corollaire, le canapé – ne s’est pas encore imposée. Il faudra pour cela attendre la fin des années 60.
Le mobilier est sobre, fonctionnel et élégant. Pour les sièges et les buffets, la mode est aux lignes épurées et aux pieds légèrement évasés.
Architectes et designers s’attèlent à créer des meubles beaux et fonctionnels, alliant procédés industriels et finition artisanale.
Marcel Gascoin, né dans une famille de marins du Havre, conçoit des systèmes de rangement rationnels de grande qualité, inspirés du mobilier de bateaux.
Ce lit en surmonte un autre qui, en cas de besoin, peut se glisser vers l’extérieur et même s’élever au niveau du premier si on retourne ses pieds – que l’on voit ici repliés.
Les enfants du Baby-Boom s’habituent au confort et à la consommation !
La salle de bain est aussi moderne que la cuisine. Elle comprend une baignoire, un bidet et un lavabo. Entièrement carrelée, elle est facile d’entretien. Cette pièce a pu déconcerter les premiers habitants de ces immeubles. En effet, prendre un bain chez soi dans les années 50 restait un usage élitiste.
L’accès à l’appartement témoin se fait exclusivement en visite guidée sur réservation. Pour en savoir +
Visuel annonçant l'article : © Michel Denancé