Le Havre, épisode 3 : Saint-Joseph, l’alliance harmonieuse du béton et du vitrail
Sandrine Zilli
sandrine@histoiredumobilier.com
De la mer et de tous les quartiers du Havre, on distingue la tour de l’église Saint-Joseph, l’autre symbole avec l’hôtel de ville, de la reconstruction du Havre sous la direction d’Auguste Perret.
En mémoire de 5 000 Havrais

La tour-lanterne de l’église Saint-Joseph © Alexandre Rety
Culminant à 106 mètres, la tour de l’église, aux airs de gratte-ciel, est visible à des dizaines de kilomètres depuis le large. C’est à la fois un phare guidant les marins et un phare spirituel ; l’église est en effet dédiée à la mémoire des 5 000 Havrais tués pendant la Seconde Guerre mondiale (voir l’article Le Havre, ville attachante).

Intérieur de l’église Saint-Joseph, béton armé et verre © Michel Denancé

L’intérieur de la tour-lanterne de l’église Saint-Joseph © Catherine Mosiniak-Paillier

Détail de l’escalier en spirale à l’intérieur de la tour de Saint-Joseph © Wikipédia
Quatre piliers carrés supportent la tour, véritable colonne de lumière à l’intérieur de laquelle s’accroche un élégant escalier en colimaçon, qui se prolonge en extérieur et mène au sommet de la flèche. Pour d’évidentes raisons de sécurité, les visiteurs ne peuvent pas l’emprunter.
Je veux une lumière dorée que vous obtiendrez comme vous l’entendrez
Tel est le vœu que l’architecte Auguste Perret formule à l’attention du maître verrier Marguerite Huré, avec qui il avait déjà collaboré une vingtaine d’années plus tôt à l’église Notre-Dame de la Consolation du Raincy.
Le plan centré de l’église est somme toute classique. En revanche, sa tour la rend unique ; une tour de béton ajourée, formant un claustra garni de blocs de verre. Socle robuste à sa base, la tour s’affine et s’illumine au fur et à mesure de son élévation.
C’est au contraste entre le béton – lourd, opaque – et les carrés de verre coloré, transparent et à l’effet de légèreté, que l’on doit cette réussite ; à l’alliance d’un architecte qui vivait le béton et d’une artisane qui vivait le verre.

Vitraux de Marguerite Huré, église Saint-Joseph © Michel Denancé
Plus de 12 700 pièces de verre, soufflées à la bouche et aux couleurs savamment choisies. Vers l’est –au soleil levant –, le vert, couleur froide, domine. Au sud, le rouge et l’orangé flamboient au soleil couchant.
Comme Claude Monet au siècle précédent, Marguerite Huré a tiré parti à merveille des variations de la lumière, et donc des couleurs, au fil de la journée.
La lumière colorée accompagne l’élévation spirituelle du croyant, comme au temps des cathédrales gothiques. Cependant, nous ne sommes plus au Moyen Âge, on ne met plus 200 ans pour édifier une église majestueuse. La première pierre de Saint-Joseph est posée en 1951. Treize ans plus tard, en 1964 – vingt ans après les plus terribles bombardements de septembre 44 –, la cérémonie de consécration marque officiellement la fin de la reconstruction du Havre.

Isabelle Cornaro, « Coupes », 2023, gare du Havre
Dans le cadre d’Un été au Havre, l’artiste plasticienne Isabelle Cornaro a réfléchi à la notion d’original et de copie, produisant ce bel hommage au travail de Marguerite Huré à Saint-Joseph.
Prochain article : Le Havre, épisode 4, un appartement de style Reconstruction

