Dordogne, épisode 5 : Lascaux 2, 3 et 4

Sandrine Zilli
sandrine@histoiredumobilier.com
En une quinzaine d’années d’ouverture au public, la grotte de Lascaux s’est considérablement dégradée. Sa fermeture s’imposait, mais comment ne pas priver tout le monde de ce chef-d’œuvre de l’art préhistorique ?
Germe alors l’idée d’en faire une copie partielle : Lascaux 2 ! Plus tard naîtront Lascaux 3 et Lascaux 4.

 

Lascaux 2, sept années d’effort et de fascination

Fin des années 1970. On n’avait encore jamais réalisé de fac-similé d’une grotte préhistorique. Lascaux 2, située à quelques mètres de la véritable cavité, sur la même colline, ne devait pas reproduire l’entièreté de la grotte originelle, seulement les parties les plus riches en peintures : la salle des taureaux et le diverticule axial.
La tâche est confiée à Monique Peytral et à son équipe composée de sculpteurs et modeleurs. Avant tout, il fallait comprendre cet art pariétal : comment avaient été reproduits ces animaux, avec quels pigments, à l’aide de quelles techniques et de quels ustensiles. « On avait pris pour principe d’étudier le plus précisément possible, le plus lentement possible de manière à ce que la restitution soit la plus spontanée possible », témoigne Monique Peytral dans un documentaire diffusé au moment de l’inauguration de Lascaux 2, en 1983.
Il ne s’agissait pas uniquement de rendre des motifs le plus fidèlement possible, il fallait exprimer l’essentiel, c’est-à-dire l’émotion, le message de vie de ces hommes d’il y a près de 20 000 ans. Pour ce faire, plusieurs fois par semaine et à tour de rôle, les copistes descendaient dans la véritable grotte ; face-à-face régulier avec un des premiers chefs-d’œuvre de l’humanité. Observer et s’imprégner pour transmettre.
Avant tout, nos artistes préhistoriques avaient dû s’éclairer. Une centaine de lampes rudimentaires ont été retrouvées :  des plaques de calcaire sur lesquelles ils faisaient brûler de la graisse animale. On en a aussi retrouvé une plus sophistiquée : une sorte de cuillère sculptée dans du grès. La luminosité était faible, tremblante.
Ils utilisaient de l’ocre rouge et de l’ocre jaune, ainsi que des bruns et des noirs obtenus à l’aide d’oxydes de fer et de manganèse. Ils broyaient les couleurs sur place et, pour obtenir diverses nuances, les chauffaient. Ils les appliquaient au doigt ou par le truchement d’un outil.
Quand les couleurs étaient sous forme de poudre, elles pouvaient être soufflées à l’aide d’un petit os creux ; on obtenait ainsi un effet de velouté. Elles pouvaient aussi être tamponnées.
Une fois la forme peinte, ses contours pouvaient être gravés au silex pour faire ressortir les couleurs et les volumes.
Monique et son équipe n’ont pas reproduit seulement des formes et des couleurs ; elles ont aussi restitué une ambiance et des gestes de travail.

Lascaux 3, l’itinérante

Vers 2008, le département de la Dordogne a l’idée de concevoir un nouveau fac-similé de la grotte, dans un but bien particulier : exposer Lascaux dans le monde entier.
Les deux salles reproduites sont la Nef et le Puits, auxquels s’est bientôt ajoutée la salle des taureaux. Après avoir séjourné à Valence en Espagne, Lascaux 3 prendra le chemin de Chicago au printemps 2027.

 

Lascaux 4, dernier-né des fac-similés

La technologie a considérablement évolué par rapport à Lascaux 2. Désormais, il est impensable de descendre dans la vraie grotte pour s’en imprégner. Aujourd’hui, seuls quelques archéologues triés sur le volet peuvent y descendre très parcimonieusement.
Comme Lascaux 3, Lascaux 4 est l’œuvre de l’Atelier des fac-similés du Périgord – AFSP. La grotte est reconstituée à partir de blocs de résine sculptés, modelés et peints. Ce travail d’une précision absolue – au millimètre près – est permis grâce à la technique de relevé au laser.
Lascaux 4 – ou Centre international de l’art pariétal – est un élégant bâtiment horizontal qui s’inscrit discrètement dans la colline de Lascaux, telle une faille ouverte dans la roche. Après une première partie consacrée à la découverte du site, le visiteur pénètre progressivement dans la reproduction intégrale de la grotte. L’obscurité s’installe, la température baisse, l’air devient plus humide. Peu à peu apparaissent les immenses taureaux, les chevaux et les cerfs qui ont fait la renommée de Lascaux. Grâce à la précision des relevés laser et au savoir-faire des artistes d’AFSP, on oublie vite qu’il s’agit d’une copie ; on se laisse porter par l’émotion.
 
Malgré l’ouverture de Lascaux 4, Lascaux 2 continue d’attirer chaque année de très nombreux visiteurs. Les deux expériences sont complémentaires. Lascaux 2 permet d’approcher le travail pionnier de Monique Peytral et de son équipe, tandis que Lascaux 4 impressionne par son ampleur et son extrême fidélité à la grotte originelle. Si l’on en a le temps, visiter les deux permet de mesurer près d’un demi-siècle d’évolution dans l’art du fac-similé.
 

À savoir :

La grotte de Lascaux a la forme d’une galerie s’étendant sur 240 mètres ; elle comprend 900 m2 de parois peintes et gravées qui en font la grotte la plus riche connue jusqu’à maintenant. Aux représentations figuratives sont associés environ 400 signes : est-ce une écriture que personne ne pourra jamais déchiffrer ?
Lascaux a été ornée il y a à peu près 19 000 ans – au paléolithique supérieur, plus précisément durant la période magdalénienne – par des chasseurs-cueilleurs semi-nomades de l’espèce sapiens – nous sommes leurs semblables !
D’une grande homogénéité, ces décors sont l’œuvre d’une équipe sur une période restreinte. Cette grotte, obscure et humide, n’était pas un lieu de vie, mais plutôt un sanctuaire voué à un culte dont on ignore tout. Peintures et gravures servaient peut-être de cadre à des rituels. Entre leurs déplacements, les chasseurs-cueilleurs du paléolithique séjournaient dans des abris sous roche, très ouverts sur l’extérieur.

 

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