Dordogne, épisode 4 : Été 1940, Marcel et ses copains font entrer Lascaux dans l’Histoire
Sandrine Zilli
sandrine@histoiredumobilier.com
Fin de l’été 1940, vallée de la Vézère, dans le Périgord noir, village de Montignac – en zone libre. Marcel Ravidat, apprenti mécanicien de 18 ans, traverse le bois de Lascaux avec son chien Robot, quand soudain l’animal tombe dans un trou. Pour le jeune homme, aucun doute : c’est un accès aux souterrains du château qui – c’est bien connu – abritent un trésor.
Le trésor ne s’avérera pas celui attendu, mais bientôt le nom de Lascaux fera le tour du monde.
Des débuts romanesques en temps de guerre
Difficile d’agrandir l’entrée à mains nues, Marcel décide de revenir mieux équipé. C’est ce qu’il fait quelques jours plus tard. En route, il croise trois autres garçons – Georges, Simon et Jacques –, les met dans la confidence et la bande se lance dans l’aventure.
Pendant une heure ils agrandissent l’entrée et s’engagent dans les entrailles de la Terre. Le sol est pentu, irrégulier, leur attention est concentrée sur leurs pieds. Soudain, Marcel lève sa lampe et tous restent bouche bée ; au-dessus d’eux, des peintures comme ils n’en ont jamais vu : taureaux, vaches, chevaux... rouges, noirs et jaunes !

Salle des taureaux ; deux taureaux se font face, entre leurs cornes : un cheval rouge, sans membres inférieurs, domine un groupe de petits cerfs © Wikipédia
À qui confier une telle découverte ? Marcel se tourne vers l’instituteur du village. D’abord sceptique, celui-ci se laisse convaincre et descend voir les peintures. Époustouflé, il écrit à l’abbé Breuil, préhistorien de renom qui séjourne alors à proximité. Quelques jours plus tard, l’abbé est à Lascaux. Frappé par la maîtrise parfaite du dessin et la fraîcheur des couleurs, il saisit immédiatement le caractère exceptionnel de la découverte des jeunes gens.

Léon Laval (l’instituteur), Marcel Ravidat, Jacques Marsal et l’abbé Henri Breuil, photographie, 1940 © D.R.

Campement à l’entrée de la grotte © D.R.
Marcel et Jacques sont deux enfants du village. Georges et Simon, qui étaient en vacances, regagnent la région parisienne.
Les curieux accourent. Pour protéger la grotte, Jacques et Marcel campent à proximité au cours de l’hiver 40-41, mais bientôt, tout le monde est rattrapé par la guerre. En novembre 42, les Allemands sont en Dordogne. Quelques mois plus tard, Jacques est arrêté et envoyé au STO en Autriche. Pour y échapper, Marcel prend le maquis. La famille Coencas est arrêtée à Paris en 1943. Simon et sa sœur seront libérés du camp de Drancy ; leurs parents, eux, ne reviendront pas de déportation.
1948, la grotte devient musée
Après la Seconde Guerre mondiale, le propriétaire du terrain sur lequel se trouve la grotte préhistorique – le comte de La Rochefoucauld – entend exploiter économiquement la découverte. La grotte ouvre au public en 1948. Depuis 20 000 ans, personne n’était plus entré dans la grotte ; en quinze ans, elle accueille un million de visiteurs. Si son long confinement l’avait sauvegardée, sa surexposition la met immédiatement en danger : maladie verte – une algue microscopique prolifère sur les parois à cause du dioxyde de carbone dû à la respiration des visiteurs et à une température trop élevée –, puis maladie blanche – un voile de calcite recouvrant les parois. Quant aux visiteurs, ils ne sont pas toujours respectueux ; on fume sans vergogne dans la grotte.
André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, prend la décision de réduire fortement l’accès à la grotte, avant d’imposer sa fermeture. À l’exception de quelques scientifiques, plus personne n’a accès à la grotte jusqu’à l’inauguration de Lascaux 2 en 1983 !
Prochain article : Lascaux 2, 3 et 4

