Il faut sauver le Musée du Plâtre !

Sandrine Zilli
sandrine@histoiredumobilier.com
En 2021, le musée du Plâtre a dû quitter les locaux qu’il occupait à Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise), alors que l’équipe de conservation venait d’engager les démarches pour obtenir l’appellation Musée de France. Or, celle-ci n’est accordée qu’à des institutions occupant des lieux ouverts à la visite. Dès lors, les démarches ont dû être abandonnées.
Privé de locaux et confronté à de graves difficultés financières, le musée risque de devoir cesser ses diverses activités dès la fin de l’été 2026.
Rencontre avec son directeur, Vincent Farion.

 

Avant tout, qu’est-ce que le plâtre ?
V.F. : « Le plâtre est un matériau issu de la cuisson du gypse, qui permet de construire, d'orner et de mouler. Très présent dans le Bassin parisien, le Midi toulousain ou encore la Haute-Provence, il connaît aujourd'hui un regain d'intérêt grâce à ses qualités naturelles et recyclables.
Depuis quand le plâtre a-t-il son musée ?
V.F. : L’idée remonte à 1982, lorsqu’une poignée d’habitants de Cormeilles-en-Parisis fondent l’association du musée du Plâtre dans l’urgence d’une menace écologique. Il était alors prévu de remblayer les parties déjà exploitées de la carrière Lambert avec des déchets industriels dangereux. Peu à peu s’est imposé l’intérêt géologique, historique et patrimonial de la carrière (lieu d’extraction) et de la plâtrière (lieu de production du plâtre).
Et l’objet de l’association s’est largement diversifié !  
V.F. : Tout à fait. La carrière Lambert était propice à valoriser la mémoire ouvrière et, au-delà, le matériau plâtre – sa fabrication et ses applications. Logiquement, cette démarche nécessitait de collecter des objets (outils, ornements, échantillons de matériaux, moules, moulages, sculptures…), ce qui aboutit à la création d’un musée. 
Où s’est installé ce musée ?
V.F. : Les animations du musée étaient itinérantes jusqu’en 1996. Cette année-là, la municipalité nous a attribué un bel espace d’exposition – une maison du 18e siècle – puis, en 2012, nous avons été réunis avec le musée du Vieux-Cormeilles.
Malheureusement, en 2020, la municipalité n’a pas jugé utile d’associer le plâtre à son nouveau projet muséographique. Cela nous a semblé incompréhensible, Cormeilles-en-Parisis étant le plus ancien site industriel du plâtre en France encore en activité. Ses produits renommés sont exportés dans le monde entier.
Où sont conservées les collections désormais ?
V.F. : Heureusement la municipalité de Deuil-la-Barre (Val-d’Oise), les entreprises Plâtres Vieujot et Placoplatre nous sont venues en aide, en mettant à notre disposition des locaux pour retrouver un secrétariat, réinstaller la bibliothèque ou entreposer nos collections, mais celles-ci ne sont plus visibles.

Justement, présentez-nous vos collections.
V.F. : Elles sont riches de 2 200 pièces d’une grande variété : des cristaux de gypse aux sculptures en passant par les outils de plâtrier, etc.
Nous possédons également un riche fonds documentaire – 5 000 livres, 700 périodiques et 300 dossiers documentaires. Nous sommes une référence dans la connaissance du gypse et du plâtre, et ce, à l’échelle nationale. Nous accueillons régulièrement chercheurs et étudiants venus travailler sur ce thème.
Enfin, le musée a reçu en don le fonds d’atelier du sculpteur Georges Boulogne, en vogue dans les années 1950 et 1960, le seul artiste pour lequel Salvador Dali a posé. À l’automne 2026, avec le concours de la municipalité de Deuil-la-Barre, nous allons présenter une exposition sur Georges Boulogne.
Quel est l’avenir de ces collections ?
V.F. : Il ne s’annonce pas facile. Nous recherchons une solution pérenne.
Pour l’instant, nous poursuivons nos activités hors les murs. Nous intervenons régulièrement dans les écoles, les lycées, les centres de formation en BTP, les écoles d’architecture, de design. Nous voulons familiariser les futurs professionnels avec ce matériau d’avenir. Nos ateliers pédagogiques connaissent un grand succès, les participants mettent les mains dans le plâtre…
Nous organisons aussi des visites guidées – de carrières, plâtrières, de circuits de découverte de l’architecture dans les villes.
Les centres villes d’Île-de-France regorgent de façades enduites aux beaux ornements de plâtre. Nous attirons l’attention de nos visiteurs sur le bâti ancien et le patrimoine local. C’est d’une meilleure connaissance de ce riche patrimoine que peut venir sa conservation et sa protection.
Vous lancez pourtant un appel à l’aide.
V.F. : Oui, car le musée, qui n’a pas pu boucler son budget 2026, risque de devoir cesser toute activité dès la fin de cet été. Nous lançons donc un appel aux adhésions, aux dons et au mécénat afin d’assurer notre fonctionnement et de développer un nouveau projet muséographique. Cela va sans dire, nous recherchons aussi de nouveaux locaux pour abriter nos collections et accueillir le public.
Sans budget supplémentaire, la fermeture serait inéluctable. Plus de 40 ans de collecte, de recherche et de transmission seraient réduits au silence, nos collections pourraient être dispersées, voire pire.
Le musée du Plâtre n’est pas seulement un musée local, c’est un centre de ressources et de médiation unique en France.

Pour en savoir + 

Site Internet du Musée du Plâtre
Librairie en ligne 
À propos de l'ancien Musée du Plâtre 
Référence de l'article : Jacques Hantraye et Ivan Lafarge « Quel avenir pour une propriété patrimoniale de Cormeilles-en-Parisis ? », Bulletin de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d'Oise et du Vexin, n° 87, 2022, p. 45-54.