La ménagerie de Chantilly

Sandrine Zilli, diplômée en histoire de l'art – école du Louvre
Le château de Chantilly a puisé dans ses archives pour évoquer les animaux d’ici ou de très loin qui, du 16e au 18e siècle, ont animé ses cours et ses bassins, charmé ses visiteurs et affirmé le prestige de ses propriétaires.
Une lettre du 17 mars 1563 apprend à la maîtresse des lieux que « ses chiens se portent bien et que ses perroquets sont en pleine santé à l’approche des beaux jours ». Deux siècles plus tard – au printemps 1743 –, le prince Emmanuel de Cröy mentionne, lui, « les carpes de toutes les couleurs et monstrueuses qui mangent à la main, au point que j’en caressai et flattai une sur la tête, comme un chien ».
Entre ses deux témoignages, les animaux étaient devenus si nombreux à Chantilly, que la construction d’une ménagerie s’était imposée. Elle rivalisait avec celle de Versailles. Toutes deux ont disparu.
La scène centrale de cette carte d’un jeu de Cavagnole nous montre les bâtiments principaux de la ménagerie, superbement meublés et ornés de tableaux, abritant des cabinets de physique et d’histoire naturelle.
L’acclimatation des animaux exotiques est parfois compliquée et leur cohabitation avec les espèces locales ne se fait pas toujours sans heurts. Mention est faite en 1718 d’un lionceau vivant avec la chienne qui l’a allaité. « Ils jouent et badinent ensemble ; le lion souffre de sa mère nourrice qui semble être la maîtresse… Mais à la fin, il l’a tuée ». En 1772, les rennes offerts par le roi de Suède Gustave III – deux mâles et une femelle – ne s’acclimatent pas. Un mâle meurt durant le voyage, malgré les soins portés par les Lapons les escortant ; l’autre peu de temps après son arrivée à Chantilly. Seule la femelle survit.


Des animaux source d’inspiration et d’intérêt scientifique

En 1721, la profusion et la beauté des oiseaux de la ménagerie de Chantilly impressionnent l’ambassadeur turc qui mentionne des « paons blancs comme le lait » et « deux perroquets qui n’ont point leurs semblables. Ils étaient de la grosseur d’une poule : ils avaient un bec aussi grand que la bouche d’un homme, une queue de plus de deux pans de longueur et un plumage de couleur incarnat, tirant sur la fleur de grenade. Ils étaient marquetés de jaune sous le bec. Lorsqu’ils nous aperçurent, ils commencèrent à se lamenter en langue française ; enfin, je vis tant d’oiseux nouveaux pour moi, que je demeurai émerveillé. Quant aux petits oiseaux, il y en avait un nombre infini qui chantaient tous un ramage différent » […] « chaque espèce avait son bassin particulier, avec des jeux d’eaux et chacun buvait dans le sien». Les conditions de vie de ces animaux sont cependant loin d’être optimales. Les ailes des oiseaux étaient éjointées (atrophiées) pour éviter leur envol au loin. Valmont de Bomare mentionne un vautour, qui […] « a perdu ses pieds et ne marche que difficilement sur l’extrémité de ses jambes qui sont devenues calleuses en cette partie ; il est probable que le froid du sol humide lui a causé cette perte : il a l’air fort triste».
Oiseaux, singes et félins de la ménagerie ont inspiré le peintre Christophe Huet et les sculpteurs au service de la manufacture de porcelaine tendre de Chantilly et suscité l’intérêt de savants tel Buffon.
1792 : le nouveau pouvoir ne sait que faire de ces témoins du mode de vie aristocratique. Ils sont tués. Seuls deux aigles échappent au massacre, l’homme qui s’en occupait s’engageant à prendre en charge leur entretien. Et la ménagerie est démantelée.
Un temps envisagée par le duc d’Aumale au 19e siècle, sa reconstruction ne s’est jamais réalisée. Cette exposition, intégrée au parcours de visite, se tient dans le cabinet des Livres. Quelques salles plus loin, les singes peints sur les murs d'un boudoir attendent le visiteur.

Pour en savoir plus : site du château

 

Sandrine Zilli
Sandrine Zilli
Diplômée en histoire de l'art (école du Louvre).